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Télétravail

Télétravail en France : le cadre légal et les chiffres 2025 de l’Insee

19,7 % des salariés télétravaillent au moins un jour par semaine en 2025, selon l'Insee. Code du travail, accord de 2020 et données : le cadre qui ouvre la porte aux tiers-lieux.

Bureau à domicile près d'une fenêtre, ordinateur portable et lampe
Photo : Yen Vu / Unsplash

En 2025, 19,7 % des salariés ont télétravaillé au moins un jour par semaine, selon l’Insee. C’était 4 % en 2019. La pratique s’est installée sans exploser : après un léger recul en 2024, elle repart, portée par les cadres et les métiers de la finance. Pour les espaces de coworking et les tiers-lieux, ces chiffres dessinent un public réel mais circonscrit, encadré par un droit qui cite explicitement les espaces partagés comme lieux possibles du télétravail.

Le télétravail est défini par l’article L1222-9 du Code du travail comme « toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication ». Le texte, dans sa version en vigueur depuis juillet 2023, prévoit trois voies de mise en place : un accord collectif, une charte élaborée par l’employeur après avis du comité social et économique, ou, à défaut, un simple accord entre l’employeur et le salarié.

Plusieurs garanties en découlent. Le refus opposé à un salarié qui occupe un poste éligible doit être motivé, en particulier pour les travailleurs handicapés et les proches aidants. Le télétravailleur a les mêmes droits que le salarié présent dans les locaux. Un accident survenu sur le lieu de télétravail pendant les heures de travail est présumé être un accident du travail.

Le Code ne cantonne pas le télétravail au domicile. La fiche Service-public.fr consacrée au télétravail dans le secteur privé précise qu’il peut s’exercer dans un « télécentre, bureau partagé », le lieu étant fixé par l’accord, la charte ou l’accord individuel. C’est ce point qui ouvre la porte aux espaces de coworking.

L’accord national interprofessionnel de 2020 cite le coworking

L’accord national interprofessionnel du 26 novembre 2020 « pour une mise en œuvre réussie du télétravail », signé côté patronal par le Medef, la CPME et l’U2P, a été étendu par un arrêté du 2 avril 2021 publié au Journal officiel du 13 avril 2021. Il s’applique donc à l’ensemble des entreprises des branches concernées.

Son texte indique que le télétravail « peut s’exercer au lieu d’habitation du salarié ou dans un tiers-lieu, comme par exemple un espace de co-working ». Le préambule évoque aussi les territoires qui proposent des conditions d’accueil « au sein, par exemple, de tiers-lieux ». L’accord pose par ailleurs trois principes structurants :

  • le double volontariat (article 2.3.1) : ni l’employeur ni le salarié ne peuvent imposer le télétravail hors circonstances exceptionnelles ;
  • la réversibilité (article 2.3.5) : le retour au travail sur site reste possible ;
  • la prise en charge des frais professionnels par l’employeur (article 3.1.5), l’allocation forfaitaire étant exonérée de cotisations dans les limites fixées par la loi.

En 2026, ces limites sont de 2,70 euros par jour de télétravail, plafonnées à 59,40 euros par mois, en l’absence d’accord collectif, et de 3,30 euros par jour, dans la limite de 72,60 euros par mois, lorsqu’un accord prévoit une allocation, selon Entreprendre.service-public.fr (actualité du 7 janvier 2026).

Un salarié sur cinq chaque semaine en 2025

L’Insee Première n° 2096, publié le 25 mars 2026 sous le titre « Une photographie du marché du travail en 2025 », chiffre à 19,7 % la part des salariés ayant télétravaillé au moins un jour par semaine en 2025, en hausse de 1,5 point sur un an. L’année précédente avait marqué un recul : l’Insee Première n° 2044 (mars 2025) établissait cette part à 18,2 % en 2024, soit 0,6 point de moins qu’en 2023.

Part des salariés télétravaillant au moins un jour par semaine : 4 % en 2019, 18,8 % en 2023, 18,2 % en 2024, 19,7 % en 2025 Salariés en télétravail au moins un jour par semaine 4 % 2019* 18,8 % 2023 18,2 % 2024 19,7 % 2025 * 2019 : France métropolitaine. Échelle : hauteur proportionnelle à la part de salariés.
Part des salariés ayant télétravaillé au moins un jour par semaine. Source : Insee, enquête Emploi, Insee Première n° 2044 (mars 2025) et n° 2096 (mars 2026).

La pratique reste très concentrée. Toujours selon l’Insee, 51,7 % des cadres télétravaillent au moins un jour par semaine en 2025 (+3,3 points), et 55,3 % des salariés de la finance et de l’assurance (+7,3 points). Le rythme se resserre : la part de ceux qui télétravaillent trois jours ou plus recule.

Nombre de jours de télétravail par semaine (parmi les télétravailleurs)20242025
Un jour36,4 %38,2 %
Deux jours39,0 %39,2 %
Trois jours ou plus24,6 %22,6 %
Satisfaits de leur nombre de jours80,3 %79,1 %
Source : Insee Première n° 2044 (2025) et n° 2096 (2026), enquête Emploi.

Une autre mesure, plus large, retient le télétravail même occasionnel : selon l’Insee et la Dares (édition d’octobre 2025 de l’ouvrage « Économie et société à l’ère du numérique »), 26 % des salariés ont télétravaillé au moins de temps en temps en 2023, contre 31 % en 2021.

Distance, taille d’entreprise et logement pèsent sur la pratique

L’Insee Analyses n° 105 (5 mars 2025), consacré au premier semestre 2024 dans le secteur privé, apporte des éléments utiles aux gestionnaires d’espaces. Sur cette période, 22 % des salariés ont télétravaillé au moins une fois par mois, à raison de 1,9 jour par semaine en moyenne. L’écart entre structures est net : 18 % dans les PME contre 34 % dans les grandes entreprises. Le secteur de l’information et de la communication atteint 75 %.

Deux variables intéressent directement les coworkings situés hors des métropoles. À caractéristiques comparables, habiter à 100 kilomètres ou plus de son lieu de travail accroît la probabilité de télétravailler de 12,2 points par rapport à une distance inférieure à 5 kilomètres. Disposer de 30 m² ou plus par personne dans son logement l’accroît de 3,7 points. Autrement dit, les salariés éloignés de leur employeur et ceux qui manquent de place chez eux constituent le cœur de cible d’un poste de travail partagé de proximité, une logique que développent les abonnements de coworking souscrits par les entreprises.

Tiers-lieux : une offre déjà présente dans les territoires

Le panorama 2026 de France Tiers-Lieux recense 4 041 tiers-lieux en France, contre 1 800 en 2018. Parmi les 1 035 répondants, 59 % proposent une activité de bureau ou de coworking. Leur implantation dépasse largement les grandes villes : 40 % sont situés dans de grands centres urbains, mais 15 % se trouvent dans des bourgs ruraux et 14 % dans un habitat rural dispersé, ce qui rejoint le maillage décrit dans l’article consacré aux tiers-lieux ruraux.

Le besoin exprimé par les télétravailleurs y est documenté. À Guéret (Creuse), l’étude d’utilité sociale menée en 2024 et 2025 par la CRESS Nouvelle-Aquitaine sur le tiers-lieu public La Quincaillerie relève que les professionnels qui le fréquentent citent la sortie de l’isolement du télétravail parmi leurs motivations. Le portrait de La Quincaillerie détaille ce cas.

Les points à vérifier pour un espace qui accueille des télétravailleurs

Pour un gestionnaire, l’accueil de salariés en télétravail suppose de connaître les règles que l’employeur doit respecter, car elles conditionnent l’achat d’un abonnement :

  • le lieu doit être prévu par l’accord, la charte ou l’accord individuel, ce qui implique une adresse identifiable et des horaires compatibles ;
  • la présomption d’accident du travail s’applique pendant les heures de télétravail, ce qui suppose un lieu dont l’employeur connaît les conditions d’accueil ;
  • la réversibilité prévue par l’ANI plaide pour des formules sans engagement long ;
  • l’ANI met les frais professionnels liés au télétravail à la charge de l’employeur ; leur périmètre, et donc l’éventuel financement d’un abonnement, se négocie dans l’accord ou la charte.

Les données de l’Insee montrent un marché stable plutôt qu’en expansion rapide : environ un salarié sur cinq chaque semaine, dont près de quatre sur dix un seul jour. La progression de 2025 reste portée par des catégories déjà très équipées en télétravail, les cadres et la finance. Pour les espaces situés hors des centres urbains, l’enjeu se joue sur les salariés éloignés de leur siège, que l’Insee identifie comme les plus enclins à télétravailler.