Le trajet, premier frein au retour au bureau : l’argument B2B des coworkings
Le baromètre Wojo 2026 place le temps de trajet en tête des freins au bureau. Pour un espace de coworking, c’est un signal de demande à transformer en offre d’abonnement pour les entreprises.

Les salariés qui fréquentent des espaces de travail partagés y viennent en moyenne trois jours par semaine, pour un rythme idéal déclaré de 2,7 jours, et leur premier frein n’est ni le bruit ni l’équipement : c’est le temps de trajet, cité par 65,3 % d’entre eux. C’est l’un des enseignements du baromètre Wojo 2026 sur le retour au bureau. Pour un opérateur de coworking, ces chiffres ne décrivent pas seulement un état d’esprit : ils dessinent une demande qu’un espace bien placé peut transformer en offre pour les entreprises.
Précision de méthode : ce baromètre interroge 903 décideurs, collaborateurs et indépendants membres de Wojo et de Mama Works, à Paris, Lyon, Bordeaux et Lille, via une enquête en ligne menée du 19 mars au 13 mai 2026. L’échantillon est donc composé d’usagers d’espaces flexibles, et non de l’ensemble des salariés français. Les proportions valent comme signal d’une population déjà acquise au travail hybride, pas comme une photographie nationale.
Trois jours sur site, le trajet en travers
Le travail hybride s’est installé : selon Wojo, seules 5,5 % des entreprises interrogées fonctionnent en 100 % présentiel, et 68 % des collaborateurs choisissent librement leurs jours de présence. Mais la pression remonte côté employeurs : 36,4 % des décideurs ont renforcé ou envisagent de renforcer le présentiel en 2026. L’écart avec les attentes des équipes est net, et le trajet en est le point de friction le plus cité.
Derrière le trajet (65,3 %), 58,7 % des répondants citent au moins un frein lié au bruit, aux distractions ou à l’équipement du bureau. Ce sont deux terrains sur lesquels un espace de coworking de quartier a, par nature, des arguments : il raccourcit le déplacement en se trouvant près du domicile, et il offre des conditions de travail – cabines, salles, connexion – que le bureau d’entreprise ou le domicile n’assurent pas toujours. La demande pointe déjà vers les villes moyennes et les couronnes, là où les trajets vers le siège sont les plus longs.
La proximité, un service que l’entreprise peut financer
Si le trajet est le premier frein, la proximité devient un service vendable. Le raisonnement pour un employeur est simple : plutôt que d’imposer un retour au siège que 75,6 % des collaborateurs refusent de voir augmenter, il finance des jours de travail dans un espace proche du domicile de ses salariés. C’est le principe des bureaux satellites et des abonnements multi-sites, et c’est aussi la logique d’offres comme l’abonnement employeur Proxitravail, qui irrigue des tiers-lieux hors métropole.
L’argument financier existe : le forfait mobilités durables et, plus largement, les budgets de qualité de vie au travail peuvent couvrir tout ou partie de ces jours. Reste que, jusqu’ici, les entreprises financent peu le coworking de leurs salariés ; comprendre pourquoi elles hésitent est le préalable à toute démarche commerciale sérieuse. L’espace ne vend pas un poste, il vend une réduction du temps de trajet et un cadre de travail : c’est ce langage que l’employeur entend.
Construire une offre B2B : abonnements, jours flottants, salles
Traduire ce signal en chiffre d’affaires suppose une offre lisible, distincte de l’abonnement individuel. Quatre briques reviennent chez les opérateurs qui démarchent les entreprises :
- L’abonnement nominatif B2B : un ou plusieurs postes réservés, facturés à l’entreprise, pour des salariés qui viennent régulièrement.
- Le crédit de jours flottants : une enveloppe de journées mutualisée entre plusieurs collaborateurs, utile quand la présence varie d’une semaine à l’autre.
- Le forfait multi-sites : un accès à un réseau d’espaces, argument fort pour une entreprise aux salariés dispersés.
- Les salles de réunion à la demande : souvent la porte d’entrée d’un compte entreprise, avant un abonnement plus large.
La tarification de ces offres se construit sur une grille claire et sur un coût au poste maîtrisé ; nos repères sur les prix du coworking et sur la manière de fixer ses prix face aux réseaux donnent les ordres de grandeur. La facturation à une entreprise impose par ailleurs une rigueur de gestion – bons de commande, échéances, facturation électronique – que l’abonnement individuel n’exige pas.
Animer pour le lien, l’autre attente
Le trajet est le frein, le lien social est le moteur : 82 % des répondants Wojo viennent au bureau pour retrouver leurs collègues, et 59,8 % souhaitent des animations de montée en compétences ou des conférences. Un espace de coworking qui vend à une entreprise ne vend donc pas que des mètres carrés, mais une vie de lieu : programmation, rencontres, services. C’est aussi ce qui retient les membres dans les premiers mois et sécurise le revenu récurrent d’un compte entreprise.
Pour l’exploitant, l’enjeu est de rendre cette animation visible à l’achat : un calendrier d’événements, un référent qui accueille les salariés d’un même employeur, un reporting d’usage. Ce sont des arguments concrets au moment de renouveler un abonnement B2B.
Les limites : un vivier, pas un acquis
Deux prudences s’imposent. D’abord, le baromètre décrit des usagers d’espaces flexibles, déjà convaincus : il surestime sans doute l’appétence moyenne des salariés français. Ensuite, le passage du signal à la vente reste un travail commercial de terrain – identifier les employeurs du bassin, chiffrer le gain de trajet, proposer un pilote. Le temps de trajet est un argument puissant parce qu’il est mesurable ; encore faut-il le mettre en face d’un besoin précis, entreprise par entreprise.


