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Métiers

Emploi et métiers des tiers-lieux : 16 400 personnes, un modèle fragile

Les tiers-lieux emploient 16 400 personnes pour près de 12 000 ETP, épaulés par 170 000 bénévoles. Portrait d’un modèle d’emploi singulier et de ses métiers.

Salle de réunion d’un espace de coworking : grande table en bois clair, chaises et plantes vertes
Photo : Yolk CoWorking - Krakow / Unsplash

Les tiers-lieux français emploient plus de 16 400 personnes, soit près de 12 000 équivalents temps plein salariés, selon le recensement national 2026 de l’Observatoire des tiers-lieux. Derrière ce chiffre se cache un modèle d’emploi singulier : une minorité de permanents, une large majorité de bénévoles et des métiers encore jeunes. Pour un exploitant, comprendre cette structure, c’est anticiper son plan de charge et mesurer sa dépendance aux financements.

Des forces vives très majoritairement bénévoles

Le rapport est éloquent : face à près de 12 000 équivalents temps plein salariés, le secteur mobilise environ 170 000 bénévoles et accueille 2 600 volontaires en service civique. Autrement dit, pour un poste salarié à temps plein, une dizaine de bénévoles font vivre les lieux au quotidien.

Forces vives des tiers-lieux : bénévoles, salariés en équivalent temps plein et service civiqueForces vives des tiers-lieux (nombre de personnes)BénévolesETP salariésService civique170 00012 0002 600
Un modèle très majoritairement bénévole — Source : Observatoire des tiers-lieux, recensement national, 2026

Cette dépendance au bénévolat est une force et une vulnérabilité. Une force, car elle ancre le lieu dans sa communauté et réduit la masse salariale. Une vulnérabilité, car la continuité de service repose sur un engagement non contraint : un départ, un essoufflement, et c’est tout un pan de la programmation qui vacille. La professionnalisation de l’animation, abordée dans notre dossier sur l’animation et les métiers des tiers-lieux, vise précisément à sécuriser ce socle.

Le recours au service civique illustre cet équilibre précaire. Les 2 600 volontaires accueillis apportent du temps et de l’énergie, mais leur engagement est par nature temporaire et encadré : il complète une équipe, il ne la remplace pas. Bâtir un planning d’accueil ou de maintenance sur ces seuls renforts, c’est s’exposer à un trou d’air à chaque fin de mission.

Des métiers récents, adossés à la formation

Facilitateur, gestionnaire de lieu, coordinateur, chargé d’animation : les intitulés se stabilisent à mesure que le secteur se structure. La formation a accompagné ce mouvement : en 2025, 247 000 personnes ont été formées dans un tiers-lieu, selon l’Observatoire. Le dispositif national DEFFINOV y a contribué, mais son avenir est aujourd’hui incertain après la dissolution du GIP France Tiers-Lieux qui le portait.

Pour un gestionnaire, ces métiers combinent trois registres : l’accueil et la relation aux membres, la gestion d’exploitation (réservations, facturation, maintenance) et l’animation de communauté. Rares sont les profils qui maîtrisent les trois d’emblée ; la montée en compétences se joue souvent en interne, d’où l’enjeu d’une formation continue que la fin des dispositifs nationaux rend plus difficile à financer.

Dans le détail, trois figures reviennent dans la plupart des lieux :

  • La ou le facilitateur. Il fait le lien entre les membres, impulse les projets collectifs et anime la vie du lieu. C’est souvent le premier poste créé, et le plus exposé au risque d’usure.
  • Le gestionnaire ou coordinateur. Il pilote l’exploitation au quotidien et porte la relation avec les partenaires, la collectivité et les financeurs.
  • Les fonctions support. Accueil, communication et maintenance sont fréquemment assurées en temps partagé, par des salariés polyvalents, des bénévoles ou des volontaires en service civique.

L’emploi des tiers-lieux est aussi un enjeu d’aménagement du territoire. Plus de six structures sur dix se situent hors des métropoles, et environ un tiers en zone rurale. Les postes qu’elles créent comptent d’autant plus qu’ils sont parfois les seuls emplois qualifiés de proximité, dans des bourgs et villages où le tiers-lieu adosse souvent d’autres services au public.

Un emploi adossé aux subventions publiques

La structure juridique éclaire la fragilité du modèle. Sept tiers-lieux sur dix fonctionnent sous statut associatif et environ un sur dix sous forme de société coopérative (SCIC ou SCOP) ; près de la moitié de leur budget dépend de subventions publiques. Ce poids de l’associatif a une traduction directe sur l’emploi : des contrats souvent courts, des temps partiels, une convention collective (animation, le plus souvent) qui plafonne les grilles. Le chiffre d’affaires cumulé du secteur avoisine 440 millions d’euros, soit une moyenne d’environ 108 000 euros par structure — un ordre de grandeur modeste, qui laisse peu de marge pour absorber un retrait des aides.

L’emploi et les forces vives des tiers-lieux en 2026
IndicateurValeur
Personnes employées16 400
dont équivalents temps plein salariésenviron 12 000
Bénévoles mobilisés170 000
Volontaires en service civique2 600
Personnes formées en 2025247 000

Or ce retrait est engagé. La fin des crédits d’État fléchés vers les tiers-lieux menace directement les postes salariés financés, en partie, par ces dotations. Les sources de financement alternatives — recettes commerciales, aides des collectivités, mécénat, fonds européens — deviennent alors un sujet de survie autant que de développement.

Reste la question de l’attractivité. Les tiers-lieux offrent du sens et de l’autonomie, mais peinent souvent à aligner les rémunérations sur celles du privé, faute de marges. Le turnover sur les postes de facilitateur, très sollicités et parfois isolés, en est le symptôme. Fidéliser suppose alors de jouer sur ce que le lieu sait offrir : des responsabilités réelles, de la formation et un cadre de travail choisi, à défaut de pouvoir surenchérir sur les salaires. C’est aussi pour cela que la perte des dispositifs de formation nationaux pèse : elle retire un levier de montée en compétences qui compensait, en partie, la modestie des rémunérations.

Trois conséquences pour un gestionnaire d’espace

  • Calibrer le ratio salariés / bénévoles. S’appuyer sur le bénévolat est sain, mais faire reposer une fonction critique (accueil, sécurité, facturation) sur des bénévoles expose à des ruptures de service.
  • Sécuriser les compétences clés. Formaliser les procédures et investir dans la formation continue limite la dépendance à une personne et facilite les relais.
  • Adosser l’emploi à des recettes propres. À mesure que les subventions reculent, les postes durables seront ceux que l’activité commerciale (abonnements, salles, services) permet de financer.

Sources