France Tiers-Lieux dissous : qui pilote désormais le soutien de l’État
Le GIP France Tiers-Lieux a été dissous à l’été 2026. Missions, crédits, reprise par l’ANCT : ce que la fin de l’opérateur national change pour les porteurs de tiers-lieux.

Le groupement d’intérêt public (GIP) France Tiers-Lieux a été dissous. Créé en 2022 pour coordonner la politique nationale de soutien aux tiers-lieux, il a cessé son activité à l’été 2026, son assemblée générale ayant voté sa propre dissolution le 29 juin, selon la Banque des Territoires. Pour les quelque 4 050 tiers-lieux recensés en France, en majorité portés par des structures associatives, la disparition de cet opérateur national pose une question concrète : vers qui se tourner désormais pour l’ingénierie, les programmes et les financements ?
Un opérateur national né en 2022
France Tiers-Lieux prolongeait une politique publique lancée en 2019. Constitué en groupement d’intérêt public en 2022, et dont la durée avait été prolongée d’un an après une première période de trois ans, il animait quatre chantiers : les programmes Fabriques de territoire et Manufactures de proximité, le dispositif de formation DEFFINOV et l’Observatoire national des tiers-lieux.
Cette architecture prolongeait la dynamique engagée en 2019, qui avait fait des tiers-lieux un levier reconnu d’aménagement du territoire. En quelques années, le label Fabriques de territoire et les financements associés ont essaimé bien au-delà des grandes villes, dans des bourgs et des quartiers prioritaires où l’initiative privée seule ne suffisait pas. Le groupement jouait là un rôle d’ensemblier : outiller les porteurs, diffuser les bonnes pratiques, produire de la donnée et faire remonter les besoins des territoires vers l’État.
Ces chantiers structuraient l’appui public aux lieux de travail partagé, des espaces de coworking urbains aux ateliers ruraux. Le tableau ci-dessous récapitule ce que portait le groupement et ce qu’il advient de chaque mission.
| Chantier | Objet | Devenir annoncé |
|---|---|---|
| Fabriques de territoire | Labellisation et soutien des tiers-lieux structurants | Renvoyé à l’ANCT |
| Manufactures de proximité | Ateliers partagés de production | Renvoyé à l’ANCT |
| DEFFINOV Tiers-lieux | Formation dans et par les tiers-lieux | Avenir à clarifier |
| Observatoire national | Recensement et données du secteur | Données en ligne, portage à préciser |
Des crédits d’État en forte baisse
Dans un communiqué publié le 6 juillet, l’Association nationale des tiers-lieux (ANTL), membre du groupement depuis sa création, a dénoncé une décision prise « sans communication officielle » et actant « l’abandon silencieux » d’une politique publique engagée en 2019. L’association affirme que les crédits d’intervention de l’État ont été « réduits de 90 % en deux ans » et qu’un « reliquat de 1,2 million d’euros inscrit au budget 2026 » n’avait toujours pas été affecté. La loi de finances pour 2026 a mis fin aux aides directes versées à ces structures.
L’enjeu est territorial. L’ANTL rappelle que le réseau compte plus de 4 000 tiers-lieux, dont 62 % hors des métropoles et environ un tiers en zone rurale. Ce sont ces territoires, souvent les moins pourvus en ingénierie, qui perdent un interlocuteur national. Le secteur, lui, n’a cessé de croître : de 1 800 structures recensées en 2018, il est passé à 3 500 en 2023, puis à près de 4 050 en 2026.
La réponse de l’État et de l’ANCT
Le ministère de l’Aménagement du territoire récuse tout désengagement. Il affirme que « l’animation nationale et régionale des tiers-lieux demeurera accompagnée par l’État », via l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), appelée à rester en lien avec les réseaux régionaux et avec l’ANTL. Le ministère rappelle aussi que les tiers-lieux ont bénéficié de financements du plan de relance et qu’ils peuvent mobiliser les dispositifs de droit commun ainsi que les aides des collectivités.
Dans les faits, aucun document ne réaffecte formellement, mission par mission, les programmes du GIP à l’ANCT. La continuité annoncée reste donc à documenter, au moment où le secteur s’inquiète pour l’emploi qu’il fait vivre. La disparition de France Tiers-Lieux s’inscrit par ailleurs dans une réorganisation plus large des opérateurs publics : le GIP Epau doit lui aussi disparaître d’ici fin 2026.
Cette incertitude tombe mal. Le secteur était déjà signalé comme économiquement fragile : près de la moitié du budget des tiers-lieux dépend de subventions publiques, selon l’Observatoire. Retirer les crédits fléchés sans relais clair revient donc à fragiliser des modèles qui n’ont, pour beaucoup, pas atteint l’équilibre par leurs seules recettes. Au Parlement, une question écrite a d’ailleurs interrogé le gouvernement sur la continuité des missions et l’avenir des programmes en cours, signe que le sujet dépasse le seul cercle des gestionnaires de lieux.
Sur le calendrier, les sources divergent légèrement : si la dissolution a été votée le 29 juin, le groupement a maintenu une activité résiduelle jusqu’à la fin de l’été avant de cesser définitivement. Pour les porteurs de projet, le repère utile n’est pas la date exacte, mais le constat : l’interlocuteur national a disparu, et il faut recomposer ses appuis.
Trois réflexes pour les porteurs de projet
Pour un exploitant ou un porteur de tiers-lieu, le changement est d’abord celui du point d’entrée. Trois réflexes permettent de s’adapter sans attendre.
- Identifier le relais régional. L’ANCT conserve des délégués territoriaux et travaille avec les réseaux régionaux de tiers-lieux, qui deviennent l’interlocuteur de premier rang pour l’accompagnement.
- Diversifier les ressources. Au-delà des crédits nationaux, les subventions, appels à projets et dispositifs de financement régionaux, départementaux et européens restent ouverts, tout comme les aides des collectivités.
- Consolider le modèle économique. La fin des aides fléchées renforce l’exigence de recettes propres, enjeu particulièrement sensible pour les tiers-lieux ruraux aux équilibres fragiles.
La question n’est pas théorique : derrière les programmes du GIP, ce sont des emplois qui sont en jeu. Les tiers-lieux français font travailler plus de 16 400 personnes, un ensemble que nous détaillons dans notre panorama de l’emploi et des métiers des tiers-lieux.


