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Politiques publiques

Recensement des tiers-lieux : 4 050 lieux, un modèle associatif et fragile

Le recensement 2026 de France Tiers-Lieux dénombre près de 4 050 tiers-lieux, un réseau associatif à 71 % et ancré dans les territoires, mais dont près d’un tiers des lieux sont en déficit.

Intérieur lumineux et boisé de la bibliothèque municipale Oodi à Helsinki, avec gradins, plantes et espaces de travail partagés.
Photo : Hayffield L / Unsplash

L’Observatoire des tiers-lieux, porté par France Tiers-Lieux, a publié le 28 août 2026 son recensement national. Il dénombre près de 4 050 tiers-lieux en activité sur l’ensemble du territoire, contre 3 500 en 2023 et 1 800 en 2018. Derrière cette croissance, l’enquête dresse le portrait d’un réseau très majoritairement associatif, ancré dans les territoires — et dont l’équilibre économique reste tendu.

Un réseau multiplié par plus de deux en huit ans

Le rythme de création ne faiblit pas. Avec près de 4 050 lieux recensés en 2026, le nombre de tiers-lieux a plus que doublé depuis 2018 (1 800 lieux) et progressé d’environ 16 % depuis le précédent recensement de 2023 (3 500 lieux), selon France Tiers-Lieux. Le mouvement déborde largement la seule question du travail partagé : un peu plus de 59 % des lieux proposent des espaces de travail, mais 44 % disposent aussi d’ateliers de fabrication ou d’espaces productifs, et 70 % développent une programmation culturelle ou artistique.

Nombre de tiers-lieux recensés en France en 2018, 2023 et 2026Nombre de tiers-lieux recensés en France1 8003 5004 050201820232026
Un parc multiplié par plus de deux en huit ans — Source : Observatoire des tiers-lieux (France Tiers-Lieux), recensement publié le 28 août 2026.

Ce foisonnement d’usages distingue le tiers-lieu de l’espace de coworking strictement commercial. Là où le secteur marchand se compte en milliers d’adresses opérées, le recensement de France Tiers-Lieux mesure un ensemble plus vaste et plus hétérogène, où la mise à disposition de bureaux n’est qu’une activité parmi d’autres, souvent adossée à une mission d’intérêt général.

Une gouvernance à dominante associative

La structure juridique du secteur confirme son origine citoyenne. D’après le recensement, 71 % des structures gestionnaires sont associatives et 10 % relèvent d’une société coopérative (SCIC ou SCOP). Les collectivités n’ont créé directement que 16 % des lieux, dont 9 % par une commune et 7 % par une intercommunalité. L’impulsion vient le plus souvent du terrain : 34 % des tiers-lieux sont issus d’associations préexistantes, 29 % de collectifs citoyens et 17 % d’entrepreneurs ou de collectifs économiques.

Origine et statut des structures gestionnaires de tiers-lieux (recensement 2026)
IndicateurPart
Structures gestionnaires associatives71 %
Structures en SCIC ou SCOP10 %
Lieux créés directement par une collectivité16 %
  dont par une commune9 %
  dont par une intercommunalité7 %

Cette gouvernance explique la densité des partenariats publics : 75 % des lieux travaillent avec leur commune, 68 % avec leur intercommunalité, 52 % avec leur région et 48 % avec leur département. Seuls 7 % déclarent n’entretenir aucun lien avec les institutions publiques. Près d’un lieu sur huit (12 %) héberge d’ailleurs un service public, un maillage que la rédaction avait déjà observé du côté des tiers-lieux ruraux.

Un ancrage rural et dans les villes moyennes

Le recensement confirme que le tiers-lieu n’est pas un phénomène métropolitain. Selon France Tiers-Lieux, 35 % des lieux sont situés en milieu rural et 21 % dans les petites villes et villes moyennes. Plus de la moitié du réseau se déploie donc hors des grandes agglomérations, dans des territoires où l’offre privée de bureaux partagés est souvent inexistante. Cet ancrage nourrit une activité intense : les lieux ont accueilli plus de 234 000 événements en 2025, pour environ 10 millions de participants, et formé quelque 235 000 personnes sur la même année.

Des lieux d’activité et d’engagement bénévole

Au-delà des bureaux, le recensement décrit des lieux intenses en vie collective. France Tiers-Lieux comptabilise plus de 900 000 adhérents, 170 000 bénévoles et 2 600 volontaires en service civique à l’échelle du réseau. Chaque lieu héberge en moyenne plus de neuf activités différentes : 69 % organisent des animations socioculturelles et près de 62 % accueillent régulièrement des événements. La formation occupe une place croissante : plus de 71 % des lieux en proposent, qu’elle soit produite par le lieu (59 %), apportée par des partenaires (56 %) ou organisée par les membres eux-mêmes (44 %).

La dimension productive n’est pas marginale : 44 % des tiers-lieux disposent d’ateliers de fabrication ou d’espaces productifs. Parmi ces lieux, 58 % pratiquent le recyclage ou le réemploi, près d’un sur deux la fabrication numérique, 44 % le travail du bois et 34 % la sérigraphie. Cette palette d’usages éloigne le tiers-lieu du bureau partagé classique et explique pourquoi un même bâtiment peut réunir, au fil de la semaine, coworkers, artisans, associations et services publics.

Un poids économique réel, des marges étroites

Le secteur pèse désormais sur l’emploi local. Les tiers-lieux emploient plus de 16 400 personnes, soit près de 12 000 équivalents temps plein salariés et près de 2 500 équivalents temps plein d’indépendants, pour une activité économique cumulée proche de 440 millions d’euros, selon le recensement. Le chiffre d’affaires moyen par lieu s’établit toutefois à 108 000 euros, un niveau modeste qui rappelle la petite taille de la plupart des structures. Côté ressources, 55 % des recettes proviennent des activités propres des lieux et 45 % de financements publics : l’autonomie progresse, mais la dépendance à la subvention reste forte.

Une fragilité financière désormais assumée

C’est le signal le plus net de l’édition 2026 : la santé financière du réseau se dégrade. D’après France Tiers-Lieux, 32 % des lieux déclarent être en déficit et 28 % ont vu leur budget diminuer au cours de l’année écoulée. Interrogés sur les risques des douze prochains mois, près de 42 % citent en premier la baisse du soutien public, 40 % l’épuisement ou la démotivation des équipes et 23 % la tentation de se recentrer sur des activités plus rentables. Enfin, 8 % des lieux évoquent un risque de fermeture à court terme. Ces chiffres prolongent le constat déjà posé lors du désengagement de l’État sur le financement du secteur, alors que le programme national Nouveaux lieux, nouveaux liens arrive à maturité.

Repères pour un exploitant d’espace partagé

Pour un gestionnaire d’espace de coworking, ce recensement n’est pas un document lointain. D’abord parce que 59 % des tiers-lieux proposent des bureaux partagés : dans une ville moyenne, un tiers-lieu associatif subventionné peut proposer des postes à un tarif inatteignable pour un opérateur privé, ce qui pousse ce dernier à se différencier par les services, l’animation ou la domiciliation plutôt que par le prix. Ensuite parce que la densité des partenariats publics ouvre des pistes de coopération — accueil d’un service public, d’un Conseiller numérique (11 % des lieux) ou d’un agrément Espace de vie sociale (12 %) — que peu d’espaces strictement commerciaux explorent. Enfin, la fragilité budgétaire du réseau associatif invite à la prudence : l’adossement à une subvention publique, quand il existe, se conçoit comme un appoint et non comme le socle d’un modèle économique.

Sources