Aménager un coworking : normes acoustiques, éclairage et zones de travail
NF S31-080, NF ISO 22955, Code du travail : ce que fixent les normes sur le bruit et la lumière, et comment elles guident le découpage d'un espace partagé en zones.

Le bruit figure au premier rang des nuisances du travail en bureau ouvert, un sujet auquel l’INRS a consacré une journée technique en novembre 2020. Un espace de coworking est, par construction, un bureau ouvert. Pour l’aménager, les gestionnaires disposent de deux types de références : des règles obligatoires, inscrites au Code du travail ou au règlement de sécurité des établissements recevant du public, et des normes volontaires, publiées par l’Afnor ou l’ISO, qui fixent des objectifs de confort. Les confondre conduit soit à sous-équiper, soit à promettre une conformité qui n’existe pas.
L’acoustique des bureaux ouverts : trois normes successives
La note scientifique et technique NS 375 de l’INRS (avril 2022), rédigée par Patrick Chevret, Laurent Brocolini et Thomas Bonzom, retrace l’histoire des normes applicables. La première norme d’acoustique à traiter les bureaux est la NF S31-080 (2006), « Bureaux et espaces associés – Niveaux et critères de performances acoustiques par type d’espace ». Elle fixe des indicateurs (bruit des équipements, temps de réverbération, décroissance spatiale, isolement) selon trois niveaux d’exigence : courant, performant et très performant. L’INRS relève que l’existence d’un niveau « courant » autorise des plateaux de qualité acoustique peu satisfaisante pour les occupants.
En 2016, la NF S31-199 est la première norme française dédiée aux seuls bureaux ouverts. Elle part de l’activité exercée plutôt que du local. En novembre 2021, elle a été abrogée et remplacée par la norme internationale NF ISO 22955, « Acoustique – Qualité acoustique des espaces de bureaux ouverts », construite sur le même principe.
| Norme | Année | Statut | Apport principal |
|---|---|---|---|
| NF X35-102 | 1998 | Norme d’ergonomie, en révision selon l’INRS (2022) | Au moins 15 m² par personne lorsque l’activité repose sur des communications verbales |
| NF S31-080 | 2006 | En vigueur | Trois niveaux d’exigence (courant, performant, très performant) par type d’espace |
| NF S31-199 | 2016 | Abrogée en novembre 2021 | Typologie des bureaux ouverts selon l’activité |
| NF ISO 22955 | 2021 | En vigueur | Six types d’espaces, valeurs exigées et boîte à outils d’aménagement |
NF ISO 22955 : partir de l’activité de chaque zone
La NF ISO 22955 classe les bureaux ouverts selon l’activité : communication principalement tournée vers l’extérieur (téléphone, audio, vidéo), travail collaboratif entre postes voisins, espace faiblement collaboratif, accueil du public, et espace où cohabitent plusieurs activités, dit « activity based office ». Elle ajoute les plateaux dont l’activité n’est pas encore connue. Un coworking relève presque toujours de la catégorie multiactivité : appels, travail concentré, réunions informelles et pause s’y côtoient.
Selon l’INRS, plusieurs valeurs structurent la norme :
- Temps de réverbération global : 0,5 seconde pour toutes les activités, contre 0,6 seconde dans la NF S31-199, soit un durcissement.
- Décroissance spatiale de la parole (D2,S) : valeurs inchangées, sauf pour les espaces collaboratifs, où l’exigence passe de 9 à 8 dB(A).
- Niveau de bruit ambiant en activité : seules valeurs présentées comme des cibles et non des exigences ; elles ont été assouplies.
- Atténuation de la parole entre zones (DA,S) : sur un plateau multiactivité, elle doit atteindre au moins 32 dB(A) entre un espace social, comme une salle de pause, et un espace de travail individuel nécessitant une forte concentration.
Cette dernière exigence est la plus utile pour un gestionnaire : elle impose de penser le plan en fonction des voisinages. La cuisine ou le bar ne se placent pas à côté de la zone silencieuse, sauf à interposer cloisons, volumes tampons ou distance. La norme fournit aussi des principes de traitement du plafond, des murs, du sol et du mobilier, et souligne l’importance de la densité d’occupation, sans fixer de valeur.
Sur la densité, la seule référence chiffrée reste la NF X35-102 de 1998, citée par l’INRS : « au moins 15 m² par personne » lorsque l’activité principale repose sur des communications verbales entre personnes qui ne se parlent pas entre elles. L’institut constate que cette recommandation est « très rarement appliquée ».
L’éclairage : un minimum légal, une norme de confort
Sur la lumière, le Code du travail fixe des obligations. L’article R4223-3 dispose que « les locaux de travail disposent autant que possible d’une lumière naturelle suffisante ». L’article R4223-4 impose des niveaux minimaux d’éclairement, mesurés au plan de travail ou, à défaut, au sol, pendant la présence des travailleurs.
L’écart entre les deux références est important. Le minimum réglementaire de 120 lux pour un local de travail correspond à une obligation de sécurité, pas à un niveau de confort pour la lecture ou le travail sur écran. La norme européenne NF EN 12464-1, d’application volontaire, recommande 500 lux à maintenir sur le plan de travail pour l’écriture, la lecture et le traitement de données. Un local sans fenêtre affecté à un travail permanent doit, lui, atteindre 200 lux au titre du Code du travail : un bureau fermé sans fenêtre loué à l’année entre dans ce cas.
Circulations et dégagements : la règle des unités de passage
Lorsque l’espace reçoit du public, le règlement de sécurité contre l’incendie des établissements recevant du public s’applique. Son article CO 36 fixe la largeur des dégagements en unités de passage de 0,60 mètre. Pour les dégagements d’une ou deux unités, la largeur est portée respectivement à 0,90 mètre et à 1,40 mètre. Le nombre d’unités dépend de l’effectif accueilli. Ces largeurs conditionnent l’implantation des îlots de bureaux, des cabines et du mobilier mobile, qui ne doivent pas réduire les passages. Les questions de classement et d’autorisation sont traitées dans l’article sur le cadre juridique d’un espace de coworking.
Organiser les zones : une méthode tirée des normes
En croisant les textes, un plan de coworking peut s’organiser en quatre familles de zones, chacune avec ses exigences :
- Zone de concentration : éloignée des espaces sociaux, avec l’exigence d’atténuation de 32 dB(A) de la NF ISO 22955 vis-à-vis de la pause, et un éclairage proche des 500 lux de la NF EN 12464-1.
- Zone collaborative : postes voisins qui échangent, pour lesquels la NF ISO 22955 a assoupli l’exigence de décroissance de la parole, de 9 à 8 dB(A).
- Zone d’appels et de visio : catégorie « communication avec l’extérieur » de la norme, souvent traitée par des cabines fermées, dont l’équipement est détaillé dans l’article sur le réseau, les cabines et la visio.
- Zone sociale : cuisine, bar ou salle de pause, source de bruit à isoler des zones de concentration.
Le tiers-lieu La Quincaillerie, à Guéret (Creuse), illustre cette logique dans un bâtiment réhabilité en 2019. Selon la Banque des Territoires, le chantier a utilisé paille, laine de bois, douglas local et châtaignier. Le lieu sépare deux boxes en open space pour 16 personnes, des bureaux fermés, deux salles de réunion de 4 et 19 places et une salle de 90 places, avec un bar associatif. Le portrait de La Quincaillerie détaille ce bâtiment.
Aucune de ces normes acoustiques n’est rendue obligatoire par le Code du travail. Elles fixent un niveau de qualité vérifiable par mesure, que le gestionnaire peut inscrire dans un cahier des charges de travaux. Seuls les niveaux d’éclairement minimaux et les règles de dégagement des établissements recevant du public s’imposent.


