La Quincaillerie à Guéret, un tiers-lieu public qui chiffre son utilité sociale
Ouvert en 2015 et installé depuis 2019 dans une friche commerciale réhabilitée, le tiers-lieu de l'agglomération du Grand Guéret a mesuré son impact pour ses dix ans.

Dans le quartier de l’Albatros, à Guéret, un ancien centre commercial isolé à la paille et à la laine de bois abrite depuis fin 2019 un coworking, un fablab, une radio, une télévision locale, un bar associatif et le siège d’une trentaine d’associations. La Quincaillerie, tiers-lieu géré par la communauté d’agglomération du Grand Guéret, a fêté ses dix ans en mars 2025 avec une étude qui chiffre son utilité sociale. Son modèle repose sur un choix minoritaire : un tiers-lieu porté directement par une collectivité.
D’une ancienne quincaillerie à un équipement intercommunal
Le lieu est inauguré le 6 mars 2015, pendant la Semaine du numérique, devant environ 550 personnes. Il s’installe alors dans une ancienne quincaillerie de 300 m², à l’initiative de l’association 23D, dont il garde le nom. Selon la Banque des Territoires, c’est le premier tiers-lieu géré par une collectivité dans l’ex-région Limousin.
En 2018, la Banque des Territoires décrivait un équipement au budget de 150 000 euros, fréquenté par 30 à 100 personnes par jour et animé par trois équivalents temps plein. La communauté d’agglomération, qui regroupe 25 communes et 29 492 habitants selon la même source, en assure la gestion.
Fin 2019, La Quincaillerie déménage dans une ancienne friche commerciale du quartier prioritaire de l’Albatros. La fiche d’expérience de la Banque des Territoires (novembre 2023) détaille l’opération :
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Emprise et surface | 500 m² d’emprise, 1 000 m² après travaux |
| Coût (acquisition et travaux) | 1,6 million d’euros |
| Financement de l’État et de la Région Nouvelle-Aquitaine | 72 % (DETR, appel à projets « Bâtiments du futur ») |
| Performance énergétique | Label BBC Effinergie 2009, 79 kWhep/m²/an |
| Matériaux | Paille, laine de bois, douglas local, châtaignier |
| Architecte | Alexandra Bavière, cabinet Matière à |
| Capacités | 18 places de coworking, salle de spectacle de 150 personnes debout |
L’investissement s’inscrit dans les montages décrits dans l’article sur le financement des tiers-lieux : une part majoritaire de fonds publics nationaux et régionaux, complétée par la collectivité porteuse.
Un lieu, une dizaine d’usages
Selon la page de l’agglomération du Grand Guéret et le site du tiers-lieu, consultés en octobre 2026, La Quincaillerie réunit :
- un espace de coworking, avec deux boxes en open space pour 16 personnes, deux bureaux louables à la journée, à la demi-journée ou à la semaine, et trois bureaux loués à l’année ;
- un fablab et un poste de montage vidéo ;
- deux salles de réunion de 4 et 19 places et une salle de 90 places ;
- la Radio Pays de Guéret et Télé Guéret Vision ;
- des permanences de médiation numérique ;
- un bar associatif et le drive fermier « Les Cagettes Chouettes » ;
- le siège d’une trentaine d’associations.
Les horaires traduisent cette double vocation. Le lundi est réservé aux professionnels, de 10 heures à 18 heures. Du mardi au jeudi, le lieu ouvre de 10 heures à 20 heures, le vendredi jusqu’à 18 heures, et le samedi de 10 heures à 13 heures puis de 14 heures à 18 heures. La grille tarifaire 2024, toujours en ligne, affiche le poste en open space à 8 euros la journée et 90 euros le mois, toutes taxes comprises.
Une étude d’utilité sociale pour les dix ans
Entre septembre 2024 et janvier 2025, la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) Nouvelle-Aquitaine a conduit une évaluation dans le cadre du programme « Pouvoir d’agir en Tiers-Lieux », porté par La Myne et la Fondation de France. Les résultats ont été présentés le 6 mars 2025, jour des dix ans du lieu, et publiés dans un communiqué de l’agglomération.
L’étude repose sur 246 réponses à un questionnaire (101 personnes du grand public, 49 usagers du fablab et du numérique, 86 coworkers et associations, 10 élus et partenaires) et une trentaine d’entretiens. Elle relève que 97 % des répondants sont satisfaits des équipements et que la moitié des usagers ont entre 35 et 55 ans. Un usager sur trois vient de Guéret ; 33 % habitent hors de l’agglomération et 9 % hors du département.
Les données économiques intéressent directement le coworking. Plus de la moitié des structures usagères sont des associations. Les structures accueillies déclarent réaliser plus de 300 000 euros de chiffre d’affaires sur place, et la moitié disent avoir réduit leurs coûts, pour un montant évalué à environ 260 000 euros évités. Les professionnels interrogés citent la sortie de l’isolement du télétravail parmi leurs motivations, un enjeu développé dans l’article sur le télétravail en France.
L’étude avance un impact estimé à 1,4 million d’euros par an, soit 4,40 euros générés pour chaque euro investi par l’agglomération. En 2024, l’équipe est intervenue 13 fois hors du territoire intercommunal. Le communiqué reconnaît une limite de méthode : les personnes en situation d’illettrisme ou d’exclusion numérique n’ont pas pu être interrogées.
Un modèle public dans le paysage des tiers-lieux
La Quincaillerie appartient à une catégorie minoritaire. Selon le panorama 2026 de France Tiers-Lieux, 17 % des tiers-lieux ont été créés par une collectivité territoriale, même si 94 % entretiennent des partenariats avec des acteurs publics. Le même recensement compte 4 041 tiers-lieux, dont 15 % installés dans des bourgs ruraux, et relève qu’un quart a subi une baisse de budget, liée dans 71 % des cas à la diminution des subventions.
Pour La Quincaillerie, la gestion directe par l’agglomération lie l’avenir du lieu aux arbitrages budgétaires de la collectivité. Ce modèle se distingue de celui de nombreux tiers-lieux ruraux portés par des associations.
Un lieu qui prépare son extension
Le tiers-lieu continue de se transformer. En janvier 2026, une exposition intitulée « Imaginons ensemble l’avenir de la Quincaillerie » présentait des propositions d’extension imaginées par des élèves de la cité scolaire Raymond-Loewy de La Souterraine. Le lieu accueillait en octobre 2025 l’événement OctoberMake, consacré à la fabrication numérique, du 8 au 11 octobre, et son agenda annonce des rendez-vous jusqu’au 4 octobre 2026.
Onze ans après son ouverture, La Quincaillerie offre un cas documenté de tiers-lieu public hors métropole, avec des chiffres d’investissement, de fréquentation et d’impact produits par la Banque des Territoires et par la CRESS Nouvelle-Aquitaine. Les données de l’étude de 2025 restent déclaratives, mais elles fournissent l’un des rares points de comparaison disponibles pour d’autres collectivités.
