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Télétravail

Télétravail et productivité : ce que mesure l’étude Insee de 2026

Une étude de l’Insee et de la Dares, parue en mai 2026, relie hausse du télétravail et gains de productivité — jusqu’à un seuil. Lecture pour les exploitants d’espaces.

Ordinateur portable ouvert sur un bureau devant une fenêtre donnant sur un immeuble d’habitation végétalisé
Photo : Teo Peter / Unsplash

Le télétravail améliore-t-il la productivité des entreprises ? L’Insee et la Dares ont publié, le 19 mai 2026, une étude qui apporte une réponse nuancée : oui, mais jusqu’à un certain point, et de façon très variable selon les secteurs. Pour les exploitants d’espaces de coworking et de bureaux flexibles, qui vendent précisément de la place de travail hors du siège, ces chiffres offrent un argument commercial — à condition de le manier avec les précautions que l’étude elle-même impose.

L’étude, parue dans la collection Insee Analyses sous le numéro 120, mesure le lien entre la part de salariés en télétravail et la croissance de la productivité du travail entre 2019 et 2022, sur le champ des sociétés non financières. Elle croise les données fiscales des entreprises et l’enquête sur le télétravail. Son résultat central tient en une phrase : les entreprises qui ont maintenu le télétravail après la crise sanitaire ont vu leur productivité progresser plus vite que les autres.

Une corrélation nette, mais bornée

Sur l’ensemble des sociétés non financières, dix points de télétravailleurs supplémentaires s’accompagnent de 0,7 à 1,0 point de croissance de la productivité en plus sur la période. Les auteurs insistent : il s’agit d’une corrélation, pas d’un effet causal démontré. Les entreprises qui télétravaillent le plus sont souvent celles dont l’activité et l’organisation s’y prêtaient déjà.

L’étude isole toutefois un sous-ensemble pour lequel elle avance une estimation causale : les entreprises qui disposaient, avant 2020, de bureaux loués séparés de leur établissement principal. Ces sociétés comptaient 36 % de télétravailleurs en 2022, contre 10 % pour les autres. Pour elles, une hausse de dix points de la part de télétravailleurs est associée à 2,7 points de croissance de productivité supplémentaires. Autrement dit, l’effet le plus franc se lit chez des entreprises déjà équipées en immobilier de travail structuré — une configuration qui ressemble, en plus souple, à l’abonnement multi-sites qu’un opérateur de coworking propose aux employeurs.

Effet du télétravail sur la croissance de la productivité, par secteurPoints de croissance de la productivité (2019-2022) pour +10 points de télétravailleursTransport, entreposage3,0Services administratifs1,9Industrie1,8Information, communication0,6Activités spécialisées0,6Construction*0,5Commerce*0,4* Écart non statistiquement significatif. En vert : effet significatif.
Télétravail et productivité, un effet très inégal selon les secteurs — Source : Insee Analyses n° 120, Askenazy, Di Nallo, Ramajo, mai 2026 ; champ : sociétés non financières, 2019-2022.

Des écarts considérables d’un secteur à l’autre

La moyenne masque des situations très contrastées. Le gain est le plus élevé dans le transport et l’entreposage (3,0 points), un secteur où le télétravail reste pourtant marginal — environ 6 % des salariés — ce qui invite à la prudence sur l’interprétation. Viennent ensuite les services administratifs (1,9 point) et l’industrie (1,8 point). À l’inverse, dans l’information-communication et les activités spécialisées, l’effet mesuré tombe à 0,6 point et n’est guère distinguable de zéro, souvent parce que ces entreprises télétravaillaient déjà avant la crise. Pour le commerce (0,4) et la construction (0,5), l’écart n’est pas statistiquement significatif.

Cette dispersion est une donnée utile pour un exploitant qui démarche des entreprises : les secteurs les plus réceptifs à un discours sur le travail à distance productif ne sont pas forcément ceux que l’on imagine. Les fonctions administratives et une partie de l’industrie tertiarisée apparaissent comme des cibles plus solides que les métiers du numérique, déjà saturés d’équipements et d’habitudes.

Un autre enseignement mérite l’attention de ceux qui prospectent : le lien entre télétravail et productivité se retrouve de façon comparable chez les petites et moyennes entreprises, les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes. L’effet n’est donc pas réservé aux grandes organisations capables de se doter de directions immobilières et d’outils numériques sophistiqués. Pour un opérateur régional, c’est un signal clair : les PME locales, souvent dépourvues de second site, sont un marché aussi légitime que les sièges parisiens pour un abonnement de proximité.

Un seuil de rendements décroissants

Le point le plus instructif de l’étude est sans doute celui-ci : l’effet positif s’essouffle quand la part de télétravailleurs dépasse 20 à 25 % de l’emploi total. Au-delà, le gain marginal devient non significatif. Les auteurs y voient l’apparition de coûts de coordination : plus l’équipe est dispersée, plus il faut de temps et d’outils pour se synchroniser, et le bénéfice s’annule. Ce seuil se situe près de la part moyenne de télétravailleurs observée dans le privé depuis la pandémie.

Pour la filière, ce résultat est paradoxalement une bonne nouvelle. Il plaide moins pour le « tout à distance » que pour un régime hybride mesuré, où le salarié alterne domicile, siège et lieu tiers. C’est exactement le créneau du coworking de proximité et des bureaux satellites — offrir un point d’ancrage professionnel entre le domicile et le siège, sans pousser l’entreprise vers une dispersion totale de ses équipes. Le sujet rejoint le constat, déjà documenté, d’une demande qui se déplace vers les villes moyennes.

Un argument commercial, et ses limites

L’étude mesure aussi par quels canaux passe le gain de productivité. La réduction de surface de bureau — de l’ordre de 0,8 m² de moins par télétravailleur supplémentaire — et le surcroît d’investissement informatique n’expliquent qu’une part limitée de l’effet. L’essentiel viendrait de facteurs organisationnels et de meilleures conditions de travail. Un opérateur a donc intérêt à vendre non pas d’abord une économie de mètres carrés, mais une organisation : un lieu équipé, animé, qui structure le temps de présence des salariés à distance.

La prudence s’impose néanmoins. Rien dans l’étude ne dit qu’ouvrir un abonnement de coworking fait mécaniquement grimper la productivité d’une entreprise : la causalité n’est établie que sur un sous-ensemble, et la corrélation d’ensemble reste fragile. Le discours le plus honnête, et le plus vendeur à terme, consiste à présenter le lieu tiers comme un moyen de rester sous le seuil de dispersion coûteuse, pas comme une recette de performance. Cet argumentaire complète utilement le constat, moins flatteur, selon lequel les entreprises financent encore peu le coworking de leurs salariés, et il éclaire des réponses concrètes comme l’abonnement employeur de proximité.

Pour qui veut situer ces chiffres dans le cadre plus large du travail à distance en France, l’étude se lit en regard du cadre légal et des données de l’Insee sur le télétravail, qui donnent la mesure du phénomène, catégorie par catégorie.

Reste une limite que l’exploitant ne doit pas masquer dans son argumentaire : l’étude écarte le secteur financier et rappelle que les effets agrégés pourraient être compensés, à l’échelle macroéconomique, par les conséquences sur l’immobilier de bureau classique. Moins de mètres carrés occupés par salarié, c’est aussi, quelque part, de la valeur qui se déplace. Le coworking se situe précisément à ce point de bascule : il capte une partie de la demande de bureau qui quitte le siège, sans prétendre créer à lui seul la productivité qu’il accompagne. C’est une position d’intermédiaire, à assumer comme telle auprès des entreprises.

Sources

  • Insee, « Le télétravail a accru la productivité du travail dans les entreprises qui l’ont maintenu après la crise de Covid-19 », Insee Analyses n° 120, 19 mai 2026 : insee.fr.
  • Dares, publication conjointe sur le télétravail et la productivité après la crise sanitaire : dares.travail-emploi.gouv.fr.