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Études & chiffres

Chiffre de la semaine : une quarantaine d’ouvertures de coworking en six mois

Le baromètre Immprove d'automne 2026 ne compte qu'une quarantaine de nouvelles adresses de coworking en six mois : le marché des bureaux opérés entre en maturité, porté par la densification des grands réseaux.

Table et chaises dans une salle de travail partagée, à la lumière du jour.
Photo : Kaja Sariwating / Unsplash

Le marché français des bureaux opérés et du coworking professionnel ralentit nettement. Dans l’édition d’automne 2026 de son baromètre, le cabinet Immprove ne relève qu’une quarantaine de nouvelles adresses ouvertes en six mois, sur un parc qu’il évalue désormais à 1 051 adresses et 1,55 million de mètres carrés exploités. Le temps des ouvertures en rafale est passé : la croissance vient surtout de la densification des réseaux déjà installés.

Ce chiffre, à lui seul, dit une bascule. Après des années d’expansion, l’offre de bureaux opérés en Île-de-France et dans les grandes métropoles régionales entre dans une phase de maturité. Pour un gestionnaire d’espace, la concurrence ne se joue plus sur le nombre de mètres carrés ouverts, mais sur le taux de remplissage et la différenciation.

Une quarantaine d’adresses nouvelles en six mois

Immprove suit les bureaux opérés et le coworking professionnel sur un périmètre précis : l’Île-de-France et onze grandes métropoles régionales. Dans ce périmètre, l’institut recense 1 051 adresses exploitées par 48 acteurs nationaux et une soixantaine de marques, pour 1,55 million de mètres carrés. Au printemps 2026, le même baromètre faisait état d’environ 950 adresses et 1,51 million de mètres carrés.

La surface exploitée n’a donc progressé que de 2,6 % en six mois, et le flux de nouvelles ouvertures se limite à une quarantaine d’adresses. Le graphique ci-dessous donne la mesure de ce plafonnement.

Surface de bureaux opérés et de coworking suivie par Immprove, printemps et automne 2026en millions de m² exploités1,51Printemps 20261,55Automne 2026+2,6 % en six mois
Un parc qui plafonne — Source : Immprove, baromètre des bureaux opérés et du coworking, Île-de-France et 11 métropoles régionales, éditions 2026.

La comparaison avec le partage du parc entre régions et avec le recensement des espaces en France doit toutefois se faire avec prudence : les périmètres ne coïncident pas, comme on le verra plus bas.

Un parc concentré autour de quelques opérateurs

Le ralentissement s’accompagne d’une concentration. Selon Immprove, le groupe IWG (Regus, Spaces, HQ) exploite à lui seul environ 170 sites et plus de 380 000 mètres carrés, soit près d’un quart du parc suivi. Morning arrive au deuxième rang, avec plus de 100 000 mètres carrés. Cette domination se lit surtout à l’échelle locale : IWG pèse 77 % du parc suivi à Grenoble, 38 % à Lyon et 32 % à Lille, quand d’autres métropoles restent tenues par un acteur régional — InSitu à Toulouse (74 %), Bureaux & Co à Montpellier (47 %).

Ce mouvement prolonge la consolidation du marché déjà engagée. Pour un indépendant ou un petit réseau, la question n’est plus de courir après la taille, mais de tenir une position que les grands opérateurs ne couvrent pas : proximité, spécialisation, ancrage local.

Les ressorts du ralentissement

Plusieurs forces se conjuguent. La vague de flex office née de la généralisation du travail hybride s’est stabilisée : les grandes entreprises ont pour l’essentiel arbitré leurs besoins, et la demande nouvelle progresse moins vite qu’entre 2021 et 2024. Le coût du financement, resté élevé, a par ailleurs refroidi les projets d’ouverture les plus capitalistiques, qui supposaient d’engager des travaux lourds avant toute commercialisation.

Paradoxe francilien : alors que les bureaux vacants s’accumulent en première couronne, les opérateurs n’en profitent pas pour multiplier les sites. Ils préfèrent sécuriser le remplissage de l’existant et négocier des conditions prudentes sur les surfaces qu’ils reprennent. La rareté des grandes signatures — deux seulement au-dessus de 5 000 m² sur le semestre — en est le signe le plus net.

Deux signatures au-dessus de 5 000 m²

Ces deux plus grandes prises relevées par Immprove restent franciliennes : Deskeo à Nanterre (8 600 m²) et Urban Station à Bercy (5 300 m²). Le reste des ouvertures se compose surtout de surfaces plus modestes, souvent portées en contrat de gestion plutôt qu’en bail ferme — une manière, pour les opérateurs, de limiter le risque immobilier dans un marché qui se tend.

Le contrat de gestion, par lequel l’opérateur exploite un site pour le compte du propriétaire sans en porter le bail, gagne du terrain, y compris en périphérie. Il change la nature du métier : l’opérateur vend un savoir-faire d’exploitation plutôt qu’un pari immobilier. Pour un gestionnaire indépendant, c’est aussi une piste : proposer ses services à un propriétaire de mètres carrés vacants, au lieu de signer soi-même un bail de longue durée.

Un périmètre distinct du recensement national

Le chiffre de 1 051 adresses ne doit pas être confondu avec les 4 000 à 5 400 espaces parfois cités pour la France entière. Immprove ne mesure que les bureaux opérés et le coworking professionnel, sur l’Île-de-France et onze métropoles ; les recensements plus larges incluent les petits espaces indépendants, les tiers-lieux et les communes rurales, sur tout le territoire. Deux baromètres, deux périmètres : ils se complètent mais ne se comparent pas terme à terme. C’est aussi pourquoi le ralentissement observé par Immprove concerne d’abord le segment haut du marché, là où les grands opérateurs se livrent la concurrence la plus directe.

Lecture pour un exploitant

Pour un gestionnaire d’espace, trois enseignements. D’abord, la vague d’ouvertures qui a nourri la crainte d’une surcapacité se tasse : l’offre nouvelle se raréfie. Ensuite, la croissance passe désormais par le remplissage et les services, pas par l’ouverture de nouveaux sites. Enfin, le recours croissant aux contrats de gestion, y compris en périphérie, redéfinit le partage du risque entre propriétaires et opérateurs — un point à surveiller pour qui négocie un bail ou reprend un fonds. Les causes de fermeture, elles, restent les mêmes : loyer, occupation et trésorerie.

Sources