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Territoires

Tiers-lieux et villes moyennes : le levier de revitalisation des centres

35 % des tiers-lieux sont en milieu rural, 21 % en petites villes et villes moyennes. Portés par Action Cœur de Ville et Petites Villes de Demain, ils deviennent un levier de revitalisation des centres.

Façade d'un hôtel de ville français orné de compositions florales, sous un ciel clair.
Photo : Shalev Cohen / Unsplash

Les tiers-lieux ne sont pas qu’une affaire de métropoles. Dans le recensement 2026 de l’Observatoire des tiers-lieux, 35 % des structures sont implantées en milieu rural et 21 % dans des petites villes et des villes moyennes : plus d’un tiers-lieu sur deux se trouve hors des grandes agglomérations. Pour les villes moyennes, longtemps prises en étau entre métropoles et campagnes, ces lieux sont devenus un outil de revitalisation à part entière.

Deux programmes d’État structurent ce mouvement : Action Cœur de Ville, pour les villes moyennes, et Petites Villes de Demain, pour les communes plus petites. L’un et l’autre financent des opérations dont les tiers-lieux sont souvent une pièce maîtresse. Pour un porteur de projet, comprendre cette mécanique revient à identifier un partenaire public et un cadre de financement.

Un tiers-lieu sur cinq en petite ville ou ville moyenne

Le dernier recensement dénombre près de 4 050 tiers-lieux en France, contre 3 500 en 2023 et 1 800 en 2018. Leur ancrage est d’abord territorial : 35 % en milieu rural — où ils cumulent souvent plusieurs services —, 21 % dans les petites villes et villes moyennes. Surtout, ces lieux fonctionnent main dans la main avec les collectivités.

Part des tiers-lieux travaillant avec chaque échelon de collectivité en 2026en % des tiers-lieux recensésCommune75 %Intercommunalité68 %Région52 %Département48 %
Des lieux adossés à la puissance publique — Source : Observatoire des tiers-lieux, recensement 2026 (part des structures déclarant travailler avec chaque échelon).

75 % des tiers-lieux déclarent travailler avec leur commune, 68 % avec leur intercommunalité, 52 % avec leur région et 48 % avec leur département. Autrement dit, un tiers-lieu de ville moyenne est rarement un projet purement privé : il s’adosse presque toujours à une collectivité, pour les murs, pour l’amorçage ou pour la commande publique.

Action Cœur de Ville, 244 villes et une seconde vague

Lancé en 2018 et piloté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), Action Cœur de Ville accompagne 244 communes — dont une dizaine en outre-mer — dans la revitalisation de leur centre. Le 2 juillet 2026, au congrès de Villes de France à Roanne, la ministre Françoise Gatel a annoncé sa poursuite sur toute la durée du mandat municipal, avec une nouvelle vague centrée sur le logement et le commerce.

Dans ce cadre, le tiers-lieu remplit une double fonction : il réoccupe un bâtiment vacant du centre — ancienne friche, commerce fermé, équipement public désaffecté — et il y ramène du flux. Un espace de coworking, une recyclerie ou un fablab installé en cœur de ville génère des passages quotidiens qui profitent aux commerces voisins. C’est cette logique que les villes moyennes cherchent à enclencher.

Petites Villes de Demain, 1 646 communes et 3 milliards engagés

Le programme jumeau, Petites Villes de Demain, vise les communes de moins de 20 000 habitants qui exercent des fonctions de centralité. Il accompagne 1 646 communes depuis 2020. Fin 2024, plus de 3 milliards d’euros y avaient été engagés, pour quelque 30 000 actions, dont les deux tiers engagées ou livrées. Les opérations portent surtout sur le cadre de vie (17 %), l’habitat (16 %), la mobilité (12 %) et le commerce (9 %) — autant de rubriques où un tiers-lieu peut s’inscrire.

Pour un porteur de projet, l’intérêt est concret : ces communes disposent d’un chef de projet dédié, d’un diagnostic de centre-ville et, souvent, d’une opération de revitalisation de territoire (ORT) qui facilite la mobilisation du foncier. Les sources de financement régionales et nationales s’y articulent.

Bergerac, Vierzon : le tiers-lieu comme pièce du centre-ville

Les exemples se multiplient. À Bergerac (Dordogne), un tiers-lieu d’enseignement supérieur et de formation a été installé en cœur de ville pour y fixer des étudiants et des actifs. À Vierzon (Cher), un ancien bâtiment industriel a été transformé en campus numérique. Dans les deux cas, la collectivité porte le foncier et un opérateur fait vivre le lieu — un partage des rôles désormais classique dans les villes moyennes.

Cette dynamique prolonge le programme national des tiers-lieux, même après la dissolution du GIP France Tiers-Lieux fin août 2026 : le relais est désormais pris par l’ANCT et par l’Association nationale des tiers-lieux.

Le modèle économique d’un tiers-lieu de ville moyenne

Le calcul diffère de celui d’un espace métropolitain. Les loyers y sont plus bas et le foncier parfois cédé à prix réduit par la commune, ce qui allège la charge immobilière — premier poste de coût d’un espace. En contrepartie, la demande est plus étroite : le bassin d’actifs est moins dense, et le remplissage se construit plus lentement. Un tiers-lieu de ville moyenne atteint rarement son équilibre sur les seuls abonnements de coworking.

D’où l’intérêt d’un modèle mixte. Les lieux qui tiennent combinent plusieurs recettes : coworking, salles louées à la demi-journée, formation, domiciliation d’associations, portage de services publics (France Services, permanences). La commande publique — subventions de fonctionnement les premières années, mise à disposition de locaux, conventions avec la collectivité — complète le chiffre d’affaires privé. C’est précisément ce que les 75 % de structures travaillant avec leur commune traduisent dans les comptes.

Repères pour un porteur de projet

  • Identifier le dispositif. Vérifier si la commune visée est labellisée Action Cœur de Ville ou Petites Villes de Demain ; la liste est publiée par l’ANCT.
  • Trouver le chef de projet. Chaque ville labellisée dispose d’un référent qui connaît le foncier disponible et les financements mobilisables.
  • Viser un bâtiment du centre. Les programmes privilégient la réoccupation de locaux vacants en cœur de ville, pas les zones périphériques.
  • S’adosser à l’ORT. Là où elle existe, l’opération de revitalisation de territoire ouvre des droits (préemption, fiscalité, aides) utiles au montage.

Pour une ville moyenne, le tiers-lieu n’est pas une fin en soi : c’est un moyen de ramener de l’activité et des usages en centre-ville. Pour l’opérateur, c’est l’occasion d’un modèle mixte, adossé à la commande publique autant qu’aux abonnements.

Sources