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Territoires

Fin de France Tiers-Lieux : les réseaux régionaux prennent le relais

La dissolution du GIP France Tiers-Lieux fait des réseaux régionaux le principal échelon d’animation et d’accompagnement des tiers-lieux. Mode d’emploi pour les porteurs de projet.

Intérieur chaleureux d’un café-atelier aux murs de briques rouges, avec un vélo accroché au mur et des tables en bois.
Photo : Morgane Le Breton / Unsplash

La dissolution du groupement d’intérêt public France Tiers-Lieux, actée en 2026, laisse un vide au sommet d’un secteur qui comptait 3 500 lieux recensés en 2023, contre 1 800 cinq ans plus tôt. Les crédits de l’État dédiés à l’animation nationale sont passés de 13 à 1 million d’euros par an au budget 2026, et l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) hérite du pilotage sans structure dédiée. Nous avons détaillé ce retrait dans notre article sur la fin du pilotage national. La question, pour un porteur de projet, est désormais concrète : vers qui se tourner quand on monte un tiers-lieu en territoire ? La réponse se joue de plus en plus à l’échelle régionale.

Un maillage de 3 500 lieux sans tête de réseau nationale

Le dernier panorama de l’Observatoire des tiers-lieux chiffrait le parc français à 3 500 lieux en 2023, après 2 500 en 2022 et 1 800 en 2018. Surtout, 62 % de ces lieux se situent hors des métropoles et près d’un tiers en zone rurale : c’est bien en région, et souvent dans les bourgs, que se joue l’essentiel du mouvement. Un maillage de cette densité suppose un relais d’ingénierie ; c’est précisément ce que portait le GIP, via son observatoire, sa formation et sa gouvernance interministérielle.

Nombre de tiers-lieux recensés en France, 2018-2023Nombre de tiers-lieux recensés02 0001 80020182 50020223 5002023
Un parc multiplié par deux en cinq ans — Source : Observatoire des tiers-lieux / France Tiers-Lieux, panoramas 2018-2023.

Entre 2020 et 2026, l’État a soutenu plus de 700 tiers-lieux ou consortiums, dont 407 au titre des Fabriques de territoire. Le programme Nouveaux lieux, nouveaux liens avait sélectionné 300 tiers-lieux généralistes entre 2020 et 2021 pour 45 millions d’euros, puis 82 lauréats en 2023, dotés chacun de 50 000 euros sur un an. Ces dispositifs s’arrêtent ou se diluent ; les sources de financement d’un tiers-lieu changent de nature, et la coordination descend d’un cran.

Quinze réseaux régionaux sous convention avec l’État

Le relais existe déjà. Dans le cadre de Nouveaux lieux, nouveaux liens, 18 réseaux régionaux de tiers-lieux ont été subventionnés depuis 2021, dont 15 sont aujourd’hui actifs et liés à l’ANCT par une convention de partenariat, selon l’agence. Ces structures, souvent associatives ou coopératives, sont nées par et pour les tiers-lieux. Elles assuraient déjà une partie de l’animation de proximité ; elles deviennent, de fait, l’échelon opérationnel principal.

Trois réseaux régionaux parmi les quinze conventionnés
RéseauRégionExemple d’action 2026
Bretagne Tiers-LieuxBretagneFormation « Impulsion tiers-lieu » (10-11 décembre), festival « La Grande Traversée » à Morlaix
La Coopérative des Tiers-LieuxNouvelle-AquitainePanorama régional annuel, portes ouvertes des lieux
La RosêeOccitanieAccompagnement des porteurs à chaque étape de création

En Nouvelle-Aquitaine, le panorama 2026 de la CRESS fait état de 7 280 personnes ayant travaillé ou développé un projet professionnel dans un tiers-lieu en 2025 : l’ordre de grandeur montre que ces réseaux ne gèrent pas une niche, mais un écosystème d’emploi local.

Formation, ingénierie et veille : l’offre des réseaux

Pour un gestionnaire qui ouvre ou reprend un lieu, un réseau régional apporte trois choses que l’échelon national rendait plus abstraites :

  • La formation des équipes : facilitation, modèle économique, gouvernance partagée. La Bretagne propose par exemple un cursus court « Impulsion tiers-lieu » pour les primo-porteurs.
  • L’ingénierie de projet : aide au montage juridique, au plan de financement et à la réponse aux appels à projets régionaux, LEADER ou DETR.
  • La mise en réseau et la veille : mutualisation d’équipements, recensement des aides ouvertes, retours d’expérience entre lieux voisins.

Cet accompagnement compte d’autant plus que la plupart des tiers-lieux ruraux fonctionnent avec de petites équipes. Nous avons décrit ailleurs comment les tiers-lieux ruraux organisent les services de proximité et ce que change, pour eux, l’implantation en ville moyenne.

Les angles morts du nouveau pilotage

Le transfert vers l’ANCT ne reconstitue pas tout. Trois fonctions portaient la valeur ajoutée nationale et restent sans héritier clair : l’Observatoire national, qui fournissait les données du secteur ; la formation DEFFINOV ; et la gouvernance interministérielle, qui faisait dialoguer cinq ministères autour d’un même guichet. Le ministère de l’Aménagement du territoire invite désormais les lieux à « développer autant que possible leurs ressources propres ».

Un réseau régional anime, forme et met en lien ; il ne remplace ni l’enveloppe budgétaire nationale, ni un observatoire commun. Le risque est un maillage à géométrie variable, plus solide dans les régions déjà structurées.

Pour un opérateur, la conséquence pratique est claire : le premier réflexe, en 2026, n’est plus de chercher un interlocuteur à Paris, mais d’identifier le réseau de sa région, de vérifier s’il est conventionné avec l’ANCT, et de se rapprocher de son équipe d’animation avant même de boucler un plan de financement.

Un retrait que le secteur conteste

La fin du GIP n’est pas passée inaperçue. L’Association nationale des tiers-lieux (ANTL) a dénoncé un « abandon » des territoires, quand le ministère de l’Aménagement du territoire promet, lui, une « continuité » de l’accompagnement porté par l’ANCT. Entre les deux, les chiffres parlent d’eux-mêmes : la trajectoire budgétaire divise par treize l’enveloppe d’animation nationale. Le GIP réunissait cinq ministères, l’ANCT et l’ANTL autour d’un même tour de table ; il portait aussi les programmes Fabriques de territoire et Manufactures de proximité, dont l’avenir dépend désormais d’arbitrages ligne par ligne. Pour les lieux, l’enjeu n’est pas seulement l’argent, mais la perte d’un guichet unique et d’une parole commune face à l’État.

Une carte à géométrie variable

Le report sur les régions a un revers : toutes ne sont pas équipées de la même façon. Là où la Bretagne, la Nouvelle-Aquitaine ou l’Occitanie disposent de réseaux structurés, dotés d’une équipe salariée et d’un budget d’animation, d’autres territoires s’appuient sur des collectifs plus fragiles. Le risque est un accompagnement à deux vitesses, au moment même où le secteur est invité à trouver son modèle économique. Pour un porteur de projet, mieux vaut donc cartographier tôt les appuis réellement mobilisables près de chez soi.

Quatre réflexes utiles avant d’ouvrir ou de reprendre un lieu :

  • Identifier le réseau régional et vérifier, sur le site de l’ANCT, s’il est conventionné au titre de Nouveaux lieux, nouveaux liens.
  • Contacter son équipe d’animation avant de finaliser le projet, pour profiter de l’ingénierie et des formations existantes.
  • Recenser les appels à projets régionaux, LEADER et DETR : ce sont eux qui, faute d’enveloppe nationale dédiée, portent désormais une part du financement.
  • Se rapprocher des lieux voisins pour mutualiser équipements, achats et programmation, là où l’échelle d’un seul lieu ne suffit pas.

Sources