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Opérateurs de coworking en France : groupes, réseaux régionaux et indépendants

Le rachat de Wojo par IWG en août 2026 renforce un leader déjà dominant. Derrière lui, des opérateurs parisiens, des champions régionaux et des milliers de lieux indépendants.

Salle de coworking avec grande table partagée et suspensions
Photo : Yolk CoWorking - Krakow / Unsplash

Le 3 août 2026, IWG, maison mère de Regus et de Spaces, a annoncé le rachat de Wojo, la marque de coworking créée par Bouygues Immobilier et Accor. L’opération ajoute 186 adresses à un réseau qui en comptait environ 140 en France et fait d’IWG, de loin, le premier opérateur du pays. Elle illustre la structure d’un marché où quelques groupes concentrent les surfaces dans les métropoles, pendant que des réseaux régionaux et des milliers de lieux indépendants occupent le reste du territoire.

IWG et Wojo : un leader qui double de taille

Wojo est née en 2015 sous le nom de Nextdoor, filiale de Bouygues Immobilier. Accor est entré au capital en juillet 2017, et la marque a pris son nom actuel en 2019. Jusqu’à la vente, les deux groupes la détenaient à parts égales. Selon Voyages d’Affaires, le rachat porte le réseau français d’IWG d’environ 140 à près de 280 sites, sous les marques Regus, Spaces, HQ et Signature. IWG a également signé avec Accor un partenariat de long terme pour installer des espaces de travail dans les hôtels du groupe, d’après Allwork.Space.

Avant l’opération, IWG dominait déjà le marché. Le baromètre 2026 du cabinet Immprove, qui suit 49 opérateurs nationaux en Île-de-France et dans onze métropoles, lui attribue 291 200 m² et environ 145 sites, soit plus du double du deuxième acteur. C’est le seul réseau présent dans toutes les métropoles étudiées. En additionnant les surfaces de Wojo (81 900 m²) relevées par le même baromètre, l’ensemble dépasse 370 000 m² sur ce périmètre.

Surfaces exploitées par les dix premiers opérateurs de coworking, baromètre Immprove 2026 Les dix premiers opérateurs par surface (m², 2026) IWG 291 200 Morning 131 900 WeWork 93 000 Deskeo 87 000 Wojo 81 900 InSitu 81 500 Newton Offices 61 000 Flex-O 54 200 Hiptown 49 700 Buro Club 47 300 En brun : Wojo, racheté par IWG en août 2026, après la publication du baromètre.
Surfaces en m² sur le périmètre du baromètre (Île-de-France et onze métropoles), avant le rachat de Wojo par IWG. Source : Immprove, baromètre du coworking 2026.

Les opérateurs parisiens et leurs recompositions

Derrière IWG, les principaux acteurs restent centrés sur la région parisienne. Morning, deuxième opérateur avec 131 900 m², est présent uniquement en Île-de-France, et ses deux signatures récentes de plus de 5 000 m², rue Duret (6 300 m²) et rue de Sofia (8 000 m²), sont les seules de cette taille relevées par Immprove depuis l’automne. WeWork, avec 93 000 m², n’opère plus qu’en région parisienne. Après son placement sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites en novembre 2023, l’entreprise a obtenu en mai 2024 la fermeture de 8 de ses 20 sites français, selon l’institut Xerfi.

Le reste du marché parisien se recompose par rachats. Les Nouveaux Bureaux ont repris en 2025 les activités parisiennes de MyFlexGroup puis les espaces Remix, dans le cadre de procédures judiciaires, et dépassent désormais 30 000 m² ; Immprove les décrit comme le « principal challenger » à Paris. Comeandwork s’est rapproché en 2024 de Chez Raoule et a intégré les espaces opérés par Hellow. Les propriétaires immobiliers investissent aussi le secteur : la foncière Gecina exploite ses propres offres, YouFirst Bureaux et Yourplace. Les causes de ces défaillances sont analysées dans l’article sur les fermetures d’espaces.

Les réseaux régionaux, leaders dans leur métropole

Hors de Paris, plusieurs opérateurs nés en région dominent leur marché local, parfois devant IWG. Immprove mesure leur part dans les surfaces de chaque métropole.

MétropoleOpérateur en têtePosition selon Immprove (2026)
ToulouseInSitu75 % des surfaces
GrenobleIWGPlus de 75 % des surfaces
MontpellierBureaux & co48 % des surfaces
StrasbourgBuro ClubPremier opérateur, nouveau centre partenaire à Schiltigheim
NantesIWG, Whoorks et Groupe NowPlus de 55 % des surfaces à eux trois
BordeauxWhoorks (groupe Legendre)8 200 m² ; Hemera y exploite 4 sites

InSitu, avec 81 500 m², se classe au niveau de Wojo à l’échelle nationale tout en restant concentré sur Toulouse. Buro Club (47 300 m²), Hiptown (49 700 m²) et Jöro Office font partie des réseaux qui ont ouvert plusieurs sites récemment. À Nantes, Whoorks exploite un site unique de 7 000 m². Les écarts de prix entre ces marchés régionaux et Paris sont détaillés dans l’article sur les prix du coworking.

Des ouvertures plus prudentes et des contrats de gestion

Le baromètre Immprove relève un changement de méthode chez les grands opérateurs. Ils ouvrent moins de sites, souvent plus petits, et se concentrent sur la rentabilité de leur parc existant. Les contrats de gestion progressent : l’opérateur exploite un immeuble pour le compte de son propriétaire, avec une rémunération indexée sur la performance de l’actif, au lieu de signer un bail ferme. Le rachat de Wojo et le partenariat hôtelier avec Accor s’inscrivent dans cette logique de croissance par des actifs existants plutôt que par des ouvertures. Ce modèle intéresse aussi les entreprises qui cherchent des bureaux d’appoint, comme le montre l’article sur les bureaux satellites.

Les indépendants et les tiers-lieux, hors des radars

Les opérateurs suivis par Immprove totalisent 950 adresses. Le recensement de France Tiers-Lieux dénombre de son côté 4 041 tiers-lieux en 2026, dont 60 % proposent des espaces de travail partagés selon le panorama de l’Association nationale des tiers-lieux. La plupart de ces lieux ont été créés par des associations, des collectifs ou des entrepreneurs locaux : 71 % selon le même panorama. Plus d’un tiers sont situés en milieu rural, hors du périmètre des métropoles où se concentrent les réseaux nationaux. La comparaison détaillée de ces sources figure dans l’article consacré aux chiffres du secteur.

Ces lieux indépendants s’organisent en réseaux régionaux, souvent anciens. En Nouvelle-Aquitaine, la Coopérative des Tiers-Lieux est née dans le sillage d’un Coworking Camp organisé en 2011, qui avait réuni plus de 200 participants, selon un article de la Banque des Territoires publié en 2016. La coopérative y décrivait son rôle comme l’animation de « mini-réseaux locaux », mettant en relation les nouveaux porteurs de projet avec les espaces déjà ouverts à proximité. Le même article citait une étude de Néo-Nomade qui plaçait alors la Nouvelle-Aquitaine au deuxième rang des régions pour les espaces de coworking, derrière l’Île-de-France, avec 59 % de ses lieux situés en zone périurbaine ou rurale. Ces réseaux, sans équivalent dans le baromètre des opérateurs, constituent la troisième composante du marché, aux côtés des groupes internationaux et des opérateurs régionaux.