Combien d’espaces de coworking en France ? Lire les chiffres de 2026
950 adresses pour Immprove, 4 041 tiers-lieux pour France Tiers-Lieux, 3 420 espaces pour Ubiq : les totaux divergent parce que chaque source compte un objet différent.

Combien d’espaces de coworking compte la France ? Selon la source consultée, la réponse varie du simple au quadruple. Le baromètre du cabinet Immprove, publié au printemps 2026, recense 950 adresses d’opérateurs nationaux. Le recensement de France Tiers-Lieux, dont la note d’analyse date d’août 2026, dénombre 4 041 tiers-lieux. La plateforme Ubiq avançait pour sa part 3 420 espaces de coworking en 2024. Aucun de ces chiffres n’est faux, mais chacun mesure un objet différent.
Trois sources, trois périmètres
Immprove, cabinet de conseil en immobilier d’entreprise, publie chaque année un baromètre consacré aux opérateurs dits « nationaux ». L’édition 2026 compte 49 acteurs, 59 marques, 950 adresses et 1,51 million de mètres carrés. Le périmètre est volontairement restreint : l’Île-de-France et onze grandes métropoles (Aix-Marseille, Lyon, Lille, Nice Sophia-Antipolis, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Grenoble). Il exclut les espaces indépendants à site unique ainsi que tout ce qui se trouve dans les villes moyennes et à la campagne. Le baromètre 2026 décrit donc le marché des réseaux commerciaux, pas l’ensemble des lieux.
Le recensement de l’observatoire de France Tiers-Lieux part d’une autre définition. Il compte des lieux, quel que soit leur statut (association, coopérative, entreprise, collectivité), dès lors qu’ils se reconnaissent dans la notion de tiers-lieu. La note d’analyse d’août 2026 en dénombre 4 041, soit 0,59 pour 10 000 habitants. Le panorama présenté le 29 septembre 2026 par l’Association nationale des tiers-lieux (ANTL), et rapporté par Localtis, le média de la Banque des Territoires, retient 4 050 lieux, contre 3 500 en 2023 et 1 800 en 2018. Or un tiers-lieu n’est pas forcément un coworking. Selon ce panorama, 60 % des lieux proposent des espaces de travail partagés, et chacun héberge en moyenne neuf activités différentes.
Les plateformes de réservation publient enfin leurs propres totaux. Selon le site spécialisé Allwork.Space, Ubiq annonçait 3 420 espaces de coworking en France en 2024, soit 23 % de plus en un an. Ce total dépend des lieux que la plateforme référence, et ses variations reflètent aussi l’évolution du catalogue. Un autre chiffre, 4 200 espaces en 2025, circule sur des sites de modèles de business plan, mais aucune source primaire ne permet de le rattacher à une méthode.
| Source | Date | Objet compté | Total |
|---|---|---|---|
| Immprove, baromètre du coworking | Printemps 2026 | Adresses de 49 opérateurs nationaux, Île-de-France et 11 métropoles | 950 adresses, 1,51 million de m² |
| France Tiers-Lieux, recensement | Août 2026 | Tiers-lieux de tous statuts, France entière | 4 041 lieux |
| ANTL, panorama | Septembre 2026 | Tiers-lieux, données consolidées | 4 050 lieux, dont 60 % avec espace de travail partagé |
| Ubiq, cité par Allwork.Space | 2024 | Espaces de coworking référencés par la plateforme | 3 420 espaces |
Les opérateurs commerciaux, concentrés à Paris
Dans le panel d’Immprove, l’Île-de-France regroupe 644 des 950 adresses, dont 513 à Paris. En surface, Paris pèse 46 % des mètres carrés recensés et le reste de la région 18 %. Lyon arrive loin derrière avec 63 adresses et 7 % des surfaces. Bordeaux (47 adresses), Lille (37) et Aix-Marseille (36) suivent, puis Toulouse (25) et Nice Sophia-Antipolis (22). Grenoble ferme la marche avec 11 adresses.
Cette concentration s’explique en partie par la nature des acteurs suivis. Les grands réseaux visent d’abord les quartiers d’affaires, où la demande des entreprises justifie des centres de plusieurs milliers de mètres carrés. IWG, maison mère de Regus et de Spaces, est le seul opérateur présent dans toutes les métropoles du panel, avec 291 200 m² et environ 145 sites. La répartition par opérateur est détaillée dans la cartographie des opérateurs et des réseaux.
Les tiers-lieux, d’abord hors des grandes villes
Le recensement de France Tiers-Lieux donne une image inverse. Les grands centres urbains comptent 40 % des lieux, mais leur densité rapportée à la population reste dans la moyenne. Les communes rurales, toutes catégories confondues, en accueillent un tiers, et le rural très peu dense affiche la densité la plus forte du pays : 0,90 lieu pour 10 000 habitants.
| Type de commune (grille Insee) | Tiers-lieux | Part | Pour 10 000 habitants |
|---|---|---|---|
| Grands centres urbains | 1 627 | 40 % | 0,64 |
| Centres urbains intermédiaires | 576 | 14 % | 0,59 |
| Petites villes | 294 | 7 % | 0,70 |
| Ceintures urbaines | 219 | 5 % | 0,31 |
| Bourgs ruraux | 618 | 15 % | 0,60 |
| Rural à habitat dispersé | 558 | 14 % | 0,56 |
| Rural à habitat très dispersé | 149 | 4 % | 0,90 |
À l’échelle des départements, la Lozère (2,5 lieux pour 10 000 habitants), la Creuse (2,3) et l’Ardèche (1,7) arrivent en tête. Parmi les métropoles, Bordeaux Métropole atteint 1,3, contre 0,47 pour le Grand Paris et 0,19 pour Nice. La zone d’emploi de Valence compte 52 tiers-lieux, soit 1,74 pour 10 000 habitants, un ratio plus de trois fois supérieur à celui de la zone d’emploi de Paris (325 lieux, 0,48). Le maillage s’est aussi resserré : le nombre de zones d’emploi sans aucun tiers-lieu est passé de 94 en 2018 à 41 en 2021, puis à 6 en 2026, selon la même note. Les ressorts de cette implantation rurale sont détaillés dans l’article consacré aux tiers-lieux des bourgs.
Pourquoi les chiffres ne convergeront pas
Les écarts tiennent d’abord aux définitions. Immprove compte des adresses exploitées par des opérateurs commerciaux et les mesure en mètres carrés. France Tiers-Lieux compte des lieux qui se déclarent comme tiers-lieux, avec des activités qui dépassent largement le travail partagé. Les plateformes, de leur côté, comptent ce qu’elles référencent. Un coworking indépendant installé à Laval ou à Niort peut donc figurer dans la base d’une plateforme, échapper au baromètre des opérateurs, et apparaître ou non dans le recensement selon qu’il se reconnaît comme tiers-lieu.
Le calendrier joue aussi. Les sources n’ont pas la même date de référence, et le secteur connaît des ouvertures comme des fermetures. Selon le panorama de l’ANTL, 28 % des tiers-lieux ont vu leur budget baisser et 8 % évoquent un risque de fermeture. Immprove note de son côté que les opérateurs ouvrent moins de sites, souvent plus petits, et se concentrent sur la rationalisation de l’existant. Les mécanismes de ces fermetures font l’objet d’une analyse distincte.
Lire un chiffre avant de le reprendre
Pour un porteur de projet ou une collectivité qui doit justifier une étude de marché, quelques vérifications suffisent à éviter les contresens :
- Le périmètre géographique : France entière, Île-de-France, ou une sélection de métropoles ?
- La définition : coworking commercial, centre d’affaires, tiers-lieu associatif, ou tout lieu proposant un poste de travail ?
- L’unité : adresses, mètres carrés, postes ou membres ? Un même réseau pèse très différemment selon l’unité retenue.
- La méthode : déclaration volontaire, enquête, catalogue d’une plateforme ? Une méthode qui change rend les évolutions annuelles fragiles.
- La source primaire : un chiffre repris sans lien vers une étude publiée doit être écarté.
Pour un territoire précis, le jeu de données du recensement est publié en accès libre sur data.gouv.fr, ce qui permet de compter les lieux d’une intercommunalité plutôt que de s’appuyer sur une moyenne nationale. Pour estimer le marché payant d’une ville, il reste à croiser ce comptage avec les grilles de prix pratiquées : selon Immprove, un poste en bureau privé se loue de 100 à 175 euros par mois en périphérie des métropoles régionales, et de 250 à 500 euros en centre-ville.


