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Bureaux satellites : pourquoi les entreprises financent peu le coworking

Seules 12 % des chartes de télétravail citent le coworking ou les tiers-lieux, selon l'Ifop. Les opérateurs, eux, se réorganisent pour capter les contrats d'entreprise.

Place de centre-ville européen bordée d'immeubles anciens
Photo : Florian Peeters / Unsplash

Les salariés représentent désormais l’essentiel de la clientèle des espaces de coworking privés : 83 % des coworkers interrogés par le cabinet Asterès fin 2023 étaient salariés. Pourtant, les entreprises qui organisent et financent ce recours restent minoritaires. Une étude de l’Ifop pour France Tiers-Lieux, publiée en janvier 2025, montre que les tiers-lieux et les coworkings ne figurent que dans une petite part des accords de télétravail, et que les employeurs avancent surtout des raisons d’opportunité plutôt que de principe. Dans le même temps, les opérateurs se réorganisent pour capter les contrats d’entreprise, sur des durées plus longues et à des tarifs très variables selon les territoires.

Un télétravail encadré dans une minorité d’entreprises

L’étude Ifop repose sur 404 entretiens téléphoniques menés du 26 février au 22 mars 2024 auprès de dirigeants ou de responsables des ressources humaines, représentatifs des entreprises françaises de dix salariés et plus. Selon ses résultats, 38 % de ces entreprises autorisent le télétravail : 12 % pour l’ensemble des salariés, 26 % pour une partie d’entre eux. La proportion atteint 51 % en Île-de-France et 66 % dans les entreprises de plus de 100 salariés. Parmi les entreprises qui refusent, 93 % invoquent des postes incompatibles.

Le télétravail reste en outre peu formalisé. Seules 38 % des entreprises qui le pratiquent disposent d’une charte ou d’un accord, soit 21 % de l’échantillon total. Ces textes autorisent en moyenne 2,1 jours par semaine, alors que la fréquence réelle déclarée s’établit à 1,4 jour. Le cadre légal et l’évolution du télétravail en France sont détaillés dans l’article sur le télétravail en France, son cadre et ses chiffres.

Le tiers-lieu, grand absent des accords de télétravail

Le premier obstacle est la notoriété. Selon l’Ifop, 62 % des décideurs interrogés connaissent les espaces de coworking, mais seulement 30 % les tiers-lieux. Parmi les entreprises qui pratiquent le télétravail, 18 % autorisent un autre lieu que le domicile, une proportion qui monte à 32 % en Île-de-France.

  • Dans les chartes et accords : 10 % mentionnent les espaces de coworking, 6 % les tiers-lieux, et 12 % au moins l’un des deux.
  • Dans les entreprises qui autorisent explicitement les tiers-lieux, soit 7 % de l’échantillon : 12 % ont passé un contrat ou un partenariat avec un tiers-lieu, 15 % financent l’abonnement de leurs salariés, dont 14 % intégralement, et dans 40 % des cas personne n’est chargé de suivre la relation.
  • Parmi les entreprises limitées au domicile : 13 % se disent prêtes à envisager les tiers-lieux.

Autrement dit, même lorsque le tiers-lieu est permis, il est rarement organisé ou payé par l’employeur. La dépense revient alors au salarié, ce qui limite fortement le marché adressable par les espaces.

Des freins surtout pratiques

Interrogées sur les raisons de ne pas recourir aux tiers-lieux, les entreprises citent d’abord l’absence de demande de leurs salariés et le refus de financer ce format. Les objections de fond, comme la productivité, sont marginales.

Raisons invoquées par les entreprises pour ne pas recourir aux tiers-lieux, en pourcentage (Ifop pour France Tiers-Lieux, 2024) Pourquoi les entreprises ne recourent pas aux tiers-lieux (en %) Pas demandé par les salariés 40 % Refus de financer ce format 31 % Préférence pour les locaux 27 % Sécurité des données 21 % Complexité juridique et RH 17 % Aucun tiers-lieu connu 7 % Perte de productivité 2 % Deux réponses possibles : le total dépasse 100 %. Réponse « autre » (7 %) non représentée.
Base : entreprises interrogées sur les raisons de ne pas recourir aux tiers-lieux (33 % de l’échantillon de 404 entreprises de dix salariés et plus), entretiens du 26 février au 22 mars 2024. Source : étude Ifop pour France Tiers-Lieux, « Les entreprises et les tiers-lieux », janvier 2025.

Les arguments en faveur du format existent pourtant dans la même étude : 89 % des décideurs interrogés reconnaissent que le télétravail réduit le temps de trajet des salariés. Côté salariés, l’enquête Asterès de 2023 auprès de 544 clients de treize opérateurs privés indiquait que 39 % jugeaient leur productivité améliorée depuis leur arrivée en coworking, contre 16 % qui la jugeaient dégradée, et que 61 % déclaraient un bien-être au travail en hausse.

Les deux premiers motifs relèvent de la décision de l’employeur plus que d’un rejet du format. Les deux suivants, sécurité des données et complexité juridique, peuvent être traités par une offre adaptée : contrat cadre, conditions de confidentialité, facturation centralisée. Ils dessinent ce que les espaces doivent proposer pour devenir des bureaux satellites crédibles.

Les opérateurs se positionnent sur les contrats d’entreprise

Les grands opérateurs s’organisent autour de cette clientèle. Selon Allwork.Space, IWG a finalisé le 4 août 2026 le rachat de Wojo, qui revendiquait 17 sites, près de 100 000 m² et plus de 900 entreprises clientes ; le groupe compte désormais environ 157 centres en France, et l’opération inclut l’accès à des espaces partenaires dans des hôtels Accor. Le baromètre du coworking 2026 d’Immprove relève que les entreprises recherchent des solutions de 12 à 36 mois et que les contrats de gestion progressent. Le paysage des opérateurs est détaillé dans l’article sur les opérateurs du coworking en France.

Les prix varient fortement selon la localisation. Immprove publie les fourchettes mensuelles suivantes par poste de travail au printemps 2026 :

ZoneStandardStandard+Premium
Paris, quartier central des affaires600 à 900 €1 000 à 1 500 €jusqu’à 3 000 €
Reste de l’Île-de-France150 à 250 €500 à 700 €jusqu’à 1 000 €
Régions100 à 175 € (périphérie)250 à 500 € (centre-ville)jusqu’à 800 €

Le détail des grilles publiques, du poste nomade au bureau privatif, figure dans l’article sur les prix du coworking en France.

Des bureaux satellites hors des métropoles

En régions, l’offre privée reste très concentrée. Selon le même baromètre, InSitu pèse environ 75 % du marché suivi à Toulouse, IWG plus de 75 % à Grenoble et Bureaux & Co 48 % à Montpellier ; à Nantes, IWG, Whoorks et Now totalisent plus de 55 %. Paris concentre à lui seul 46 % des surfaces recensées par Immprove, et le reste de l’Île-de-France 18 %.

À l’inverse, les tiers-lieux sont majoritairement implantés hors des grandes métropoles, à 62 % selon l’Association nationale des tiers-lieux citée par la Banque des Territoires. Pour une entreprise dont les salariés habitent loin du siège, ils peuvent offrir une solution de bureau partagé proche du domicile, à condition de dépasser l’obstacle de la notoriété relevé par l’Ifop. Les services offerts par ces lieux dans les petites communes sont présentés dans l’article sur les tiers-lieux ruraux et les bourgs.