Co-investissement public : comment les opérateurs régionaux financent leur expansion
La Banque des Territoires a investi 2 M€ dans la foncière du bordelais Héméra pour financer cinq nouveaux espaces. Décryptage du co-investissement public, levier d’expansion des opérateurs régionaux de coworking.

Le financement national des tiers-lieux se resserre : l’État a mis fin au groupement d’intérêt public France Tiers-Lieux et réduit ses enveloppes, comme documenté ici. Pour continuer à grandir, les opérateurs régionaux de coworking cherchent donc d’autres relais de capital. L’un d’eux, moins visible que la subvention, monte en puissance : le co-investissement d’un acteur public dans la société qui porte les murs. L’opération annoncée cet été par le groupe bordelais Héméra en donne un exemple lisible, utile à tout gestionnaire qui réfléchit à son prochain financement.
Deux millions d’euros en obligations convertibles
Début août 2026, selon Le Journal des Entreprises et les Échos Judiciaires Girondins, la Banque des Territoires a investi 2 M€ dans la foncière du groupe, la SAS Parrou-Duboscq, sous forme d’obligations convertibles en actions. L’opérateur recherchait 1,5 M€ : il a donc levé davantage que sa cible. Les fonds doivent financer l’acquisition et la réhabilitation d’immeubles destinés à de futurs espaces.
L’objectif affiché est l’ouverture de cinq nouveaux lieux en Nouvelle-Aquitaine d’ici 2029, dont un à Angoulême. La date de cette ouverture diffère selon les sources — début ou fin 2027 — ce qui invite à la prudence sur le calendrier. Le montant et l’identité de l’investisseur, eux, sont concordants d’un titre à l’autre.
Un réseau régional bâti en dix ans
Héméra n’est pas un nouvel entrant. Le groupe, présidé par Julien Parrou-Duboscq, exploite une dizaine de sites en Nouvelle-Aquitaine. Il déclare un chiffre d’affaires de 5 M€ en 2025, en progression de plus de 40 % sur un an, et accueille 250 entreprises pour 1 300 personnes, selon Le Journal des Entreprises. C’est le profil même de l’opérateur régional que la cartographie du secteur distingue des grands groupes nationaux, comme l’inventaire des réseaux l’avait montré : un maillage de proximité, construit lieu après lieu, plutôt qu’un déploiement par appels de fonds successifs.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Sites en Nouvelle-Aquitaine (2025) | 10 |
| Chiffre d’affaires 2025 | 5 M€ (+40 % sur un an) |
| Entreprises hébergées | 250 |
| Personnes accueillies | 1 300 |
| Nouveaux espaces visés d’ici 2029 | +5 |
| Apport Banque des Territoires | 2 M€ en obligations convertibles |
Le co-investissement, mode d’emploi
La mécanique diffère d’une subvention. La Banque des Territoires n’octroie pas une aide à fonds perdus : elle prend une position en fonds propres ou quasi-fonds propres dans une structure dédiée, le plus souvent la société foncière qui détient l’immobilier, parfois une société d’économie mixte ou une entreprise publique locale. L’obligation convertible, retenue ici, laisse à l’investisseur le choix de devenir actionnaire plus tard, ou d’être remboursé.
Trois logiques de financement à ne pas confondre
- La subvention ne se rembourse pas, mais se raréfie et dépend d’un calendrier politique.
- Le prêt pèse immédiatement sur la trésorerie par ses échéances, quel que soit le remplissage du lieu.
- Le co-investissement en fonds propres n’exige pas d’échéances fixes, mais ouvre le capital : l’opérateur partage la décision, et à terme la valeur.
Sur son offre d’investissement dans les tiers-lieux, la Banque des Territoires fixe des repères indicatifs — de l’ordre de quelques centaines de milliers d’euros par opération, avec un plafond sur la part prise dans une levée. Ces montants, issus de présentations antérieures, sont à confirmer au cas par cas auprès de la direction régionale concernée. L’intervention s’accompagne d’un appui en ingénierie et suppose, en règle générale, un portage ou un soutien de la collectivité.
Effet pour un exploitant
Pour un gestionnaire d’espace qui vise la croissance, ce type d’apport change la donne sur trois points. D’abord, il s’agit de capital patient : l’horizon de l’investisseur public dépasse celui d’un fonds classique, ce qui convient à l’immobilier réhabilité, long à rentabiliser. Ensuite, la prise de participation se loge dans la foncière, non dans l’exploitation : les murs et l’activité restent séparés, une structuration que recommandent souvent les financeurs de tiers-lieux, détaillée dans le guide des sources de financement.
Enfin, cet argent n’est pas gratuit. Une obligation convertible dilue, à terme, le capital de la foncière, ou pèse sur sa trésorerie si elle est remboursée. Et l’entrée d’un actionnaire public introduit une exigence de gouvernance et de reporting. Avant de viser ce guichet, un exploitant a intérêt à réunir trois conditions : une foncière distincte de la société d’exploitation, un modèle d’exploitation déjà proche de l’équilibre, et un interlocuteur public local prêt à soutenir le projet. Le co-investissement ne crée pas la rentabilité : il l’accélère quand elle tient déjà debout.
Un marché régional qui se concentre
L’opération intervient dans un marché qui se resserre. Le baromètre Immprove d’automne 2026 recense 1 051 adresses de bureaux opérés et de coworking pour 1,55 million de mètres carrés, exploités par 48 acteurs nationaux et une soixantaine de marques, en Île-de-France et dans onze grandes métropoles régionales. Le rythme ralentit : une quarantaine de nouvelles adresses seulement sur six mois, toujours selon Immprove. Et la concentration s’accentue — le même baromètre crédite le groupe IWG de près de 170 sites et de plus de 380 000 m², soit environ un quart du parc analysé.
En région, dans plusieurs métropoles, un seul acteur domine déjà, comme l’analyse de la concentration régionale l’a établi. Face à cette pression, l’adossement à un investisseur public offre aux réseaux régionaux une voie d’expansion qui ne passe ni par un fonds national ni par un rachat par un groupe plus gros. Reste à vérifier, lieu par lieu, que les ouvertures financées trouvent leur public : un espace neuf en ville moyenne ne se remplit pas mécaniquement, et le capital patient ne dispense pas d’une étude de marché sérieuse.
Sources
- Banque des Territoires — Investissement dans les tiers-lieux
- Héméra — site officiel du groupe
- Le Journal des Entreprises — Héméra obtient 2 M€ de la Banque des Territoires (août 2026)
- Échos Judiciaires Girondins — La Banque des Territoires investit 2 M€ dans la foncière du groupe Héméra (7 août 2026)
- Immprove / Coworking Europe — baromètre des bureaux opérés et du coworking, automne 2026

