Mis à jour À la une Combien d’espaces de coworking en France ? Lire les chiffres de 2026

Exploitation

Décret tertiaire : les obligations énergétiques des espaces de coworking

Le décret tertiaire impose aux espaces de coworking de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation d’énergie et de la déclarer chaque année sur OPERAT. Repères pour les exploitants concernés.

Façade vitrée d’un immeuble de bureaux contemporain dans le quartier d’affaires de Sloterdijk, à Amsterdam, un soir ensoleillé.
Photo : Marc Kleen / Unsplash

Derrière son nom austère, le « décret tertiaire » concerne directement une partie des exploitants d’espaces de coworking. Ce dispositif, officiellement baptisé Éco Énergie Tertiaire, impose aux grands bâtiments à usage tertiaire de réduire fortement leur consommation d’énergie et de la déclarer chaque année. Pour un gestionnaire dont l’énergie pèse lourd dans les charges, il vaut la peine de savoir si son espace est concerné, ce qu’il doit déclarer et qui, du bailleur ou de l’exploitant, porte l’obligation.

Un seuil de 1 000 m² qui vise les grands espaces

Le dispositif découle de la loi ÉLAN de 2018 et du décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019. Il s’applique aux bâtiments, ou parties de bâtiment, hébergeant des activités tertiaires sur une surface supérieure ou égale à 1 000 m². Point important pour le coworking : les surfaces se cumulent sur un même site ou un même bâti. Un opérateur qui exploite plusieurs plateaux dans le même immeuble peut donc franchir le seuil sans qu’aucun plateau ne l’atteigne isolément. Les espaces indépendants de quartier, souvent installés sur quelques centaines de mètres carrés, restent en revanche hors du champ obligatoire— ce qui n’interdit pas une démarche volontaire.

Des objectifs de −40 % à −60 % de consommation

Les assujettis doivent réduire la consommation d’énergie finale de leur bâtiment de 40 % d’ici 2030, 50 % d’ici 2040 et 60 % d’ici 2050, par rapport à une année de référence que l’exploitant choisit librement, comprise entre 2010 et 2020. Le texte ouvre une alternative : plutôt que de raisonner en pourcentage de baisse, l’assujetti peut viser un niveau de consommation fixé en valeur absolue, aligné sur la performance des bâtiments neufs de sa catégorie d’activité. Cette seconde voie favorise les bâtiments déjà sobres, pour lesquels un objectif de −40 % serait difficile à tenir.

Objectifs de réduction de consommation d’énergie finale du décret tertiaireRéduction de la consommation d’énergie finale (%)−40 %−50 %−60 %203020402050
Une trajectoire jusqu’en 2050 — Source : décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 (dispositif Éco Énergie Tertiaire), par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2020.

Pour un espace de coworking, la trajectoire se joue sur quelques postes : chauffage et climatisation, éclairage, ventilation et bureautique. Le pilotage fin de ces usages— sondes de présence, programmation horaire, extinction automatique— rejoint les leviers déjà évoqués sur l’économie d’un espace et son point mort, où les charges fixes pèsent directement sur la rentabilité.

La déclaration annuelle sur la plateforme OPERAT

Le suivi passe par OPERAT, la plateforme de l’ADEME dédiée au recueil et au suivi des consommations. Chaque année, l’assujetti y renseigne les consommations réelles de l’année précédente, les surfaces concernées et, le cas échéant, son programme d’actions. La date limite de déclaration est fixée au 30 septembre. En contrepartie, la plateforme délivre une attestation annuelle « Éco Énergie Tertiaire », qui matérialise la conformité et peut être jointe aux baux commerciaux comme aux actes de vente. Pour un opérateur multi-sites, la tâche est loin d’être anecdotique : elle suppose de collecter des données de consommation fiables, bâtiment par bâtiment, auprès des fournisseurs d’énergie et du bailleur.

Le choix de l’année de référence, un levier à ne pas négliger

La mécanique du dispositif laisse une marge de manœuvre souvent sous-estimée : le choix de l’année de référence. Puisque l’objectif de −40 % se mesure par rapport à une année pleine comprise entre 2010 et 2020, retenir une année où la consommation était élevée rend la cible mécaniquement plus accessible. Encore faut-il disposer, pour cette année-là, de factures et de relevés complets : l’administration exige une consommation documentée sur douze mois. Pour un espace de coworking récent, installé après 2020, cette année de référence n’existe pas ; l’assujetti bascule alors vers l’objectif en valeur absolue, aligné sur les bâtiments neufs de sa catégorie.

Dans les deux cas, la qualité des données est déterminante. Un exploitant qui sous-loue des plateaux doit pouvoir isoler sa propre consommation de celle d’éventuels autres occupants, ce qui suppose parfois d’installer des sous-compteurs. C’est aussi à ce prix que la déclaration OPERAT devient un outil de gestion : suivre ses kilowattheures par poste de travail et par mètre carré éclaire autant la conformité réglementaire que la maîtrise des charges, deux objectifs qui, pour une fois, pointent dans la même direction.

Mise en demeure et amendes en cas de manquement

Le non-respect des obligations n’est pas sans conséquence. En l’absence de déclaration ou de résultats, le préfet adresse d’abord une mise en demeure, assortie d’un délai de trois mois pour régulariser. Passé ce délai, l’assujetti défaillant s’expose à une amende administrative pouvant atteindre 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, ainsi qu’à la publication de son nom sur un site de l’État— un mécanisme de « name and shame » qui touche la réputation autant que la trésorerie. Les montants restent modérés au regard des enjeux énergétiques, mais l’affichage public pèse pour une activité qui vend, précisément, une image de lieu de travail responsable.

Propriétaire ou exploitant : qui porte l’obligation

La question de la répartition des responsabilités est centrale pour un opérateur locataire. Le dispositif s’adresse à la fois aux propriétaires et aux preneurs à bail, et c’est le contrat qui doit préciser qui déclare et qui engage les travaux. À défaut de clause explicite, la charge tend à revenir au bailleur, mais la pratique varie. Un exploitant de coworking qui signe ou renouvelle un bail a donc tout intérêt à clarifier ce point, comme les autres obligations détaillées dans le cadre juridique d’un espace de coworking. La maîtrise de l’énergie suppose en effet des interventions sur le bâti— isolation, équipements techniques— que seul le propriétaire peut parfois décider.

Repères pour réduire la facture énergétique

Au-delà de la contrainte, le décret tertiaire rejoint un intérêt bien compris : dans un espace partagé, l’énergie est l’une des premières charges après le loyer et les salaires. Trois chantiers reviennent en priorité. D’abord le pilotage des usages, avec une gestion technique du bâtiment qui coupe chauffage et éclairage hors des plages d’occupation réelle. Ensuite les équipements : éclairage LED, systèmes de ventilation performants, régulation fine de la température. Enfin le bâti lui-même, dont la rénovation relève d’arbitrages plus lourds, à intégrer dès la conception ou le réaménagement des espaces, comme le rappellent les principes d’aménagement d’un coworking. Dans tous les cas, la démarche gagne à commencer par une mesure précise des consommations, qui sert à la fois la déclaration OPERAT et le pilotage économique de l’espace.

Sources